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anti depressive delivery

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samedi 29 novembre 2008

Pages blanches

Oui, facile. Pas ou peu d'inspiration depuis près d'un mois, des morceaux d'idées mal structurées, quelques vagues impulsions pour évoquer telle ou telle chose, mais finalement, du rien, du néant, nada, peau d'balle ! Ce blog arrive, je pense, à son acmé, voilà notre entrée dans sa troisième période. Après le travail conjoint à quatre mains, après les interrogations, règlements de compte et autres réflexions à l'esprit adolescent mal dissimulé, voici la nouvelle étape et avant dernière. Celle, sans doute, d'un vague (ré)équilibre. Dans la recherche amoureuse s'édifient de petits échafaudages qui, à mesure que le temps passe et que la confiance et conscience de soi recupèrent un peu de terrain, disparaissent, recouverts par d'autres constructions. Une chose est claire, ne pas faire part ici des dérives de l'esprit et autres DDC (déprime dominicale du célibataire, sans traitement connu à ce jour) mais, sans cesse, construire et reconstruire. Le couple gay n'a pas sa vérité, il en existe autant que de mecs : être bien dans sa tête, avoir des occupations, des plaisirs, des centres d'intérêt, oui, c'est une évidence, et les échanges longuement élaborés dans ces pages sont la preuve que tout cela doit un peu fonctionner. Ne plus attendre, faire comme si l'emprise du sentiment amoureux avait progressivement desserrer ses liens tenaces, liens directement issus des douleurs et des pages mal tournées du passé. Ne plus rien attendre, tout simplement, regarder de la rive les flots qui se succèdent avec une grande tranquillité tout en creusant leur lit, insidieusement et avec douceur, sculptant ainsi de nouveaux paysages. Ne plus attendre signifie ne plus orienter ses projets de vie dans la constitution d'un couple dont personne n'a une idée vraiment commune. Ne plus chercher, mais sentir, progressivement, qu'une enveloppe ancienne, une mue parsemée de trous et d'escarres git à côté de ce que nous sommes peu à peu devenus et prend la poussière.
Certains psychologues recommandent, par exemple une fois dans le mois, de décrire ce que nous sommes en quelques lignes, sans jugement, avec spontanéïté. Je ne sais pas vous, moi, ça donnerait sans doute : "personnalité curieuse et complexe, difficile à cerner, mi provocante, mi attachante, cherchant du compliqué là où il y a du simple , aussi attaché à autrui qu'à son indépendance..." ; dans un sens, c'est plus difficile à vendre que BM35a19eme cho act/pass, mais vaguement plus conforme à la réalité. Nos pages blanches, nous devons nous efforcer de les remplir (sans les obscurcir) chaque jour. Nous vivons dans un monde effroyable où tout doit être aligné vers des objectifs à tenir, tout doit s'insérer dans des projets, des perspectives, des examens de prérequis (le monde de la pédagogie, que je connais un peu, est pétri de toutes ces conneries) ; nous sommes submergés par cette idée idiote de mettre de l'inhumain et du prévisible dans l'humain imprévisible : signer des contrats, prévoir, justifier, raisonner, élaborer des stratégies, notre monde regorge de ces âneries. Noircissons nos pages avec spontanéïté, il en ressortira bien quelque chose de constructif, et dans le cas contraire, on se sera rapproché de soi-même, ce qui est finalement tout aussi honorable.
Bon vent !
"Son regard est pareil au regard des statues, et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a l'inflexion des voix chères qui se sont tues."
Paul Verlaine, Mon rêve familier, poèmes saturniens.

samedi 22 novembre 2008

Sagesse, vieillesse, kleenex

J'avais promis que je n'en parlerai pas, mais voilà que quelques phrases anodines ne cessent de résonner dans ma petite cervelle engluée dans les miasmes automnaux. Nous étions donc sortis, une vraie sortie de pédale parisienne : quelques verres, une boîte de nuit pour que tout se finisse sous une couette amie et plutôt réconfortante. Je n'ai pas pu m'en empêcher, il devait être quatre heures du matin : "ce n'est plus de mon âge...", et là, la sentence : "arrête tes conneries, on a tous le même âge, et on a le droit de s'amuser." Vrai, très (trop) vrai. Certes, il est légitime d'être fatigué à 4 heures du matin ; certes, il est tout aussi légitime d'avoir envie de sortir un peu en fin de semaine, mais, et c'est vrai aussi, l'immersion en milieu jeune (boîte branchée, musique branchée, filles à pédé branchées, même les tee shirts étaient branchés, j'en ai repéré un qui clignotait) provoque une réaction aussi hostile que chimique, en substance : tu n'as rien à foutre ici. Dans le même temps, c'est une réalité gay parisienne : si tu ne sors pas, tu ne risques aucune rencontre ; parfois, j'en veux à mon ex juste pour cette raison : "si tu ne m'avais pas plaqué, je ne serai pas obligé de faire la dinde à 4 heures du matin", mais c'est de la mauvaise foi, me dit ma voix intérieure (qui parfois, a un peu raison). Dans le même temps, se forcer ne sert à rien, il est, je suppose, concevable, de sortir juste pour s'amuser un peu, ce qui m'épate assez souvent, tellement je trouve un glamour minimal à se tortiller sur une musique imbuvable en étant serré comme dans la ligne 13 aux heures de pointe (mais c'est de la mauvaise foi... Ta gueule, répondis-je !).
Cette petite apostille pour réfléchir à l'âge. J'aime bien les vieux, pas pour baiser, non, (et tu as peut-être tort... Re Ta Gueule !), mais il me semble qu'en discutant avec eux, je découvre un peu de sagesse, c'est que l'âge confère un certain recul, et dans le domaine de l'amour, le recul est une chose nécessaire. Je suis fasciné par les vieux couples, les 12 ans d'âge, qui plaisantent, s'envoient des saloperies à la gueule et s'aiment aussi, j'adore entendre ceux qui savent, parce qu'avec la distance que les années octroient, il me semble que certaines questions, concernant le couple, le mec, la fidélité, la jalousie, s'estompent. C'est sans doute un trait du XXIème siècle, prenez la Merteuil ou Valmont, il savaient déjà tout à 22 ans (on oublie souvent à quel point ils étaient jeunes), nous, nous expérimentons assez souvent finalement, on se frotte, on se tâte, on se plante, on recommence, on se retire, on revient, on mégote, on brouillonne, on réfléchit, on ne réfléchit plus, et parfois, aussi, on s'enterre... L'âge fait peur, à juste titre : ça demande de considérables efforts de rester un beau mec avec les années, sans doute ce détail n'a-t-il guère d'importance aux yeux de certains (la beauté intérieure, toutes ces bêtises...), mais, aux yeux de la majorité : la beauté, synonyme de jeunesse, est un statut, non un privilège provisoire, et ils en jouent, laissant sur le bord du chemin les fatigués, les ridés, les rondouillards, les pathétiques, les vieilles, les fesses molles.
Le pédé aime la jeunesse et la beauté, personne ne peut lui jeter la pierre là-dessus, dans une époque où l'apparence, l'apparat, jouent un rôle si déterminant, à un âge où la solitude est plutôt assez mal vécue ; il devient difficile de trouver une place à mesure que les années s'entassent. Et dans le même temps, la vieillesse rend la solitude amie, on se surprend à mieux se connaître, à mieux s'apprécier, à, sans doute, moins être enclin aux compromis, ce qui est un gage de grande valeur lorsque la rencontre a lieu, car elle met en évidence un individu mûr, prêt, sans apprêts, sans images, simplement à l'écoute de lui-même et de l'autre. Prendre des années est difficile, mais apporte aussi un certain réconfort.
(Zut, revoilà la petite voix, qui me dit : mais toi, chéri, tu n'es pas encore vieux, ni encore sage, alors arrête tes conneries et profites-en, la vie ne repasse guère les plats...). Elle a raison cette conne ; se positionner assez naïvement en vieux sage n'apporte rien d'autre que des nuits peuplées de plaisirs solitaires. Il faut aussi arrêter la comédie, et mettre de côté toutes les jolies considérations sur l'âge ou le physique. L'alchimie du couple est complexe : des mecs pas beaux s'aiment, c'est scientifiquement démontré par l'académie, et il me semble même avoir déjà aperçu des minets style Bel-Ami Falcon déprimer parce qu'ils étaient seuls, la réalité du couple est sans doute ailleurs, et il faut sévèrement brouillonner pour s'en rendre compte.
Lorsque j'ai répondu aux copains "ce n'est plus de mon âge", sans doute y avait-il, bien apparente, une folle envie de comprendre ce que d'autres ont (peut-être) compris avant moi, et tout cela torture l'esprit plus qu'autre chose (je ne sais guère ne pas me prendre la tête, c'est autant un défaut qu'une qualité). Dans cette réponse, il y avait aussi une simple posture, une image, un jeu, une comédie, une vaine falsification de la réalité. Essayons de nous amuser sans trop penser aux conséquences, je découvre sans doute la Lune allez-vous dire, mais bizarrement, cette porte ouverte défoncée arrive à point nommé.
Bon vent !
"Je veux qu'on rit, je veux qu'on danse, je veux qu'on s'amuse comme des fous, je veux qu'on rit, je veux qu'on danse, quand c'est qu'on me mettra dans le trou !"
Jacques Brel-Le Moribond

samedi 25 octobre 2008

Il est 16h17 !...

La timidité. Bon sang, pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? C'est elle la coupable, c'est cette petite coquine qui nous empêche d'alpaguer le premier mec qui nous plaît, qui nous fait bafouiller, qui nous enjoint à ne pas tenter notre chance, si tant est que la relation sentimentale soit comparable à une vulgaire partie de bingo. Des mecs qu'on n'ose pas aborder, parce que nous sommes la victime, déjà, de l'image qu'on se fait d'eux : trop beau, trop intelligent, trop con, trop ceci, il n'est pas pour moi, et puis bon, ça va foirer, alors à quoi bon essayer ? ...
Nous avons tous ces anecdotes, ces moments où on n'a jamais osé, les événements étaient amenés sur un plateau d'argent, et, comme un plat inconnu, on n'a pas osé y goûter : suivre ce type dans la rue qui pourtant n'arrête pas de se retourner depuis qu'il nous a croisé, s'inviter chez ce voisin chez lequel on a malencontreusement sonné en confondant les étages, demander le numéro de téléphone à ce type croisé au bordel... On met tout cela sur le compte de la timidité, et elle nous bloque, nous heurte, nous joue de bien mauvais tours. Non, bien sûr, ces types, si on avait osé, n'auraient peut-être pas été le ferment d'histoires longues, mais sans essayer, comment le savoir ? Nous passons notre vie à lutter contre nos craintes, nos peurs, nos angoisses, notre mutisme, notre manque de confiance en soi...
Je me souviens, c'était au sport, ce type, sublime, qui n'arrêtait pas de me regarder, qui me souriait, qui me suivait ; et moi, avec mes "ce n'est pas possible", avec des mimiques d'être inaccessible et hautain, qui fait mine de montrer qu'il ne s'est pas rendu compte du petit manège... Combien d'histoires avortées ? Combien de bonnes conversations restées dans les lymbes ? Combien de fou-rire étouffés ? Combien de jours perdus à se poser mainte questions alors que là, à côté, des garçons abordables, il y en a pléthore, reste juste à les aborder...
Pour se rassurer, on se dit qu'en étant timide, on attendrit un peu. Pas sûr, un timide qui rencontre un autre timide ne vas pas se métamorphoser, il n'y a à mon avis que trois moments où cette connasse de timidité disparaît de notre vie : quand on a envie de baiser, quand on est un peu alcoolisé et quand on est amoureux. Parfois, les trois vont ensemble d'ailleurs, mais ne nous égarons pas. J'avais pensé, en voulant rédiger ce billet, essayer de comprendre ce que la timidité avait de physiologiquement positif : elle est certes animale, elle nous empêche de nous aventurer dans des mondes hostiles, elle nous enjoint à la prudence. Mais seulement, en 2008, où les rencontres sont si fugaces, les agendas si blindés de choses inutiles, les moments de conversation un peu enrichissantes se raréfient tant et plus, je me demande si on ne devrait pas tordre le cou une bonne fois pour toute à cette timidité. L'abattre ne nous nuirait pas, au pire, un râteau ou deux, et c'est tellement la vie que de redescendre de son pied d'estale, c'est tellement la vie aussi de réaliser avec stupéfaction que ce mec splendide, qui ne semble avoir aucun problème, était lui aussi tout aussi timide et réservé à votre égard... Pourquoi certaines pédales se travelotent-elles ? Pour casser cette réserve, pour briser la glace, pour être, non un personnage, mais finalement, aller chercher dans des sédimentations très personnelles et très enfouies ce qui est la véritable essence de notre être.
Travelotons-nous les esprits : osons. Milton Erickson, le fondateur de l'hypnothérapie, conseillait à ses patients atteints de timidité maladive, de faire une chose très simple : aborder un inconnu et lui donner, en souriant, une heure fantaisiste, d'abord une fois par mois, puis une fois par semaine, puis quotidiennement. On vous prendra pour un barjot, mais vous, vous savez ce que vous valez, et vous aurez osé. La timidité n'apporte rien de bon, exorcisons-là. Il est 16h17.....
Bon vent !
"Elle s'éloigna de Jeff sans lui laisser le temps de poser une seule question. il était prêt à lui en poser; mais elle était partie... Au match suivant, elle l'aperçut dans la foule, en train de parler avec ardeur à un autre garçon. Elle se faufila furtivement, assez près pour capter l'essentiel de la conversation, et puis elle s'eclipsa, et quand Jeff le quitta, elle retourna près de lui pour continuer la conversation. Sans présentations. Ils ont simplement évoqué ce problème, un point c'est tout. Au troisième match, Kirsti Erickson partit à la recherche de l'autre garçon et écouta la conversation ; lorsque Jeff arriva, l'autre garçon dit : "Salut Jeff, laisse moi te présenter... euh, et bien, nous ne sommes pas encore présentés..." "Je crois que c'est à toi de le faire", dit-elle à Jeff..."
Milton H Erickson. Ma voix t'accompagnera...

mercredi 22 octobre 2008

Les coeurs pétrifiés

Une question me taraude depuis quelques jours ; j'avais prévu de vous parler de la timidité et du physique, du dire "je t'aime", de l'infidélité, et aussi de raconter quelques anecdotes rigolotes, mais ce sera pour une autre fois, parce qu'une conjonction de conversations, de lectures et sans doute aussi mon propre petit état de petit moi, soulèvent quelques nouvelles interrogations ... Nous savons, c'est une évidence, que selon les âges, nous n'avons pas les mêmes attentes amoureuses : on n'aime pas à vingt ans comme à trente ou à quarante, voire plus. Un petit minet de 20 ans et tout gentil tout plein, attend des valises de "je t'aime" par jour, fait des cadeaux (et en attend), vers les quarante, c'est un peu différent : deux chiens, qui se reniflent, se jaugent, se sourient et sont heureux ensemble, mais qui n'hésitent pas à mordre le cas échéant...
Sans doute les années, la vie, une certaine maturité transforment nos attentes amoureuses. Difficile de généraliser, ce sont des constats que nous serons tous amenés à faire, et pour cause, des années de plus, nous en connaissons au moins une fois par an... J'entendais Benoîte Groult un soir, qui expliquait à quel point elle était contente d'être vieille et physiquement diminuée car depuis, elle n'avait plus à se préoccuper de l'amour, qui, selon elle, restait une histoire de jeunes et traduisaient des troubles, des questionnements, des errements qu'elle pense avoir résolus avec la sagesse et l'apaisement que confère la vieillesse. Certains moines tibétains, mais aussi de nombreux chrétiens, expliquent savamment que l'arrêt du plaisir charnel, la fin des questionnements sentimentaux, sont des buts à atteindre, et qu'avant cela, il faut expérimenter, errer, s'user un peu, se faire les dents. Une de mes copines, en couple avec une fille depuis dix ans, m'explique qu'à 60 ans passés, finalement, ce sont ses amis qui auront plus compté...
Après une déconvenue sentimentale, après la colère, le chagrin, la tristesse, la baise tout azimut, arrive ce que j'appelle le "coeur pétrifié", un peu comme si notre corps coupait toute envie d'amour, comme si, après un essai atomique, il fallait laisser le jardin reprendre tranquillement son souffle, il fallait laisser la terre le temps de se regénérer avant de cultiver à nouveau. Je choisis l'image atomique, parce que parfois, cette régénération est très longue ; et plus on vieillit, plus elle est longue (l'attente). Alors, comme on le disait avec un ami, on vit, on mange, on boit, on travaille, on baise, mais notre corps est comme mort, comme si tous les élans d'affection étaient orientés on ne sait où. C'est une période sans doute un peu angoissante, indiquant vraisemblablement qu'avant de nous occuper d'un autre, il faut certainement s'occuper de soi. La grande question est : combien de temps cela va durer ? Passés les trente ans, on est plus pépère, plus tranquille, on sort moins, on se replie peut-être plus facilement. Il me plaît de penser que tout cela tient peu de temps, une année tout au plus, et que c'est une réaction normale. On rencontre des mecs, mais ils nous plaisent sans plus, et comme on a pris un peu d'expérience, on se dit qu'on ne va peut-être pas essayer, ainsi va la vie... Parfois, il arrive, en boîte, au bordel, de voir tous ces types sans doute très beau et très bien (nous le sommes tous, je crois, même mes ex...) mais ils ne nous attirent pas. Le courant est coupé. Alors, on fait comme ils disent dans les bouquins, on se bouge le derrière, mais c'est peine perdu. Un de mes ex, qui a mon âge, me disait : "je n'ai plus envie de me mettre avec quelqu'un "pour essayer"" ; l'image est vraie, plus jeunes, comme on a moins d'expériences, on est sans doute moins frileux, moins difficile, et ensuite, on a, je pense, un peu peur. Personnellement, j'avoue que j'ai un peu de mal à me dire : je vais retenter le couple, mais bon, je me ferai encore plaquer dans trois ans, et avec le temps, se faire plaquer, c'est un tantinet lassant, je ne suis pas sûr qu'on s'en remette sans une certaine sagesse, voire une certaine ironie de soi, qui n'arrive qu'avec l'âge et les expériences...
Eh oui, le prince charmant n'existe pas, mais les mecs bien sont là, seulement, parfois dans la vie, on n'a pas besoin d'un mec bien, notre coeur hiberne, il n'en désire pas. Alors on attend, parce qu'on aime ça quand même : attendre le coup de fil, recevoir un mail, de promener le soir au bord de la Seine, dire des conneries très classes sur les mecs et s'engueuler avant de se réconcilier... Il faut juste s'amollir un peu, et ne pas craindre la douleur, qui, d'ailleurs, parfois n'arrive jamais !

Bon vent !

"Il existe peu de choses auxquelles les êtres humains s'acharnent davantage qu'au malheur. Si nous avions été mis sur la terre par un créateur malveillant dans le but exclusif de souffrir, nous aurions de bonnes raisons de nous féliciter de notre enthousiasme à entreprendre cette tâche. Les raisons d'être inconsolable abondent : la fragilité de notre corps, l'inconstance de l'amour, le manque de sincérité de la vie sociale, les compromis de l'amitié, l'effet anesthésiant de l'habitude. Face à des maux si persistants, nous pourrions tout naturellement nous attendre à ce qu'aucun événement ne soit attendu avec plus d'impatience que notre propre extinction."
Alain de Botton. Comment Proust peut changer votre vie. 10/18.

dimanche 17 août 2008

Les folles des villes et les folles des champs

Sans entrer dans les détails, je rentre de vacances. Un lieu magique, un sanctuaire, dont je tairai le nom, parce que rien ni personne ne doivent venir le bousculer et le corrompre. Une semaine de bonheur, d'amitié, de sourires, de vie. De retour à Paris, les choses ne paraissent plus tout à fait comme avant, on regarde les arbres, la nature, le peu qu'il nous reste dans cette jolie capitale, d'un oeil neuf, plus respectueux, plus ouvert aux petits mécanismes mystérieux qui font que les choses se font, mais lentement. Là-bas, une abeille pouvait attendre trois jours après une averse, le temps que ses ailes sèchent et qu'elle puisse repartir butiner tranquillement (saisissez-vous la parabole ?). Ce matin, le temps était gris, j'ai incroyablement pris mon temps, j'ai rempoté quelques boutures, écouté ma Loreena Mac Kennit adorée (vous savez, celle qu'on n'entend qu'à Nature et Découverte), et je me suis promené dans mon quartier, les Buttes-Chaumont, le Canal de l'Ourcq, sans personne à l'horizon, simplement moi et un petit Paris partiellement dépeuplé et endormi.
Je vais sans doute découvrir la lune, mais dans ce pays magique, loin là-bas, au fond des bois, je n'ai jamais vu autant d'amour, autant de gens qui s'aimaient, des couples, des gens seuls, qui, tous, n'ont que ce mot et cet objectif en tête, et qui, comme l'abeille qui se sèche, comme le petit chêne qui sort du sable, comme les plantes qui livrent d'autres graines en prévision de l'année prochaine, savent attendre. Ces gens savent qu'après la pluie arrive le soleil, et que le soleil, quand il chauffe trop, finit par brûler et nous impose d'attendre la pluie, à nouveau. La nature a des cycles, et nous, parisiens têtes de chien, avons un autre rythme, un tout de suite, un maintenant, un il faut que ce soit fait, un il faut du résultat, un il faut que ça vienne, un il devrait rappeler là quand même. Dans le domaine amoureux, finalement, dans nos appartement minuscules, nos métros, nos vélos, nous vivons en complète promiscuité, avec une dose d'agressivité énorme (le retour à Montparnasse dans ce train bondé a achevé de me le prouver...), et, soucieux de notre mieux être, nous oublions, peut-être, que le temps du Monde est plus lent que le nôtre.
Peu de temps après ma rupture, je suis allé voir mon médecin de ville parce que j'avais repris la cigarette, elle me prescrit des patchs et me demande : "et à part ça, tout va bien ?", je lui ai répondu : "rien qui ne relève de la médecine", comme elle n'est pas idiote et qu'elle me connaît bien, elle me répondit : "ça, vous savez, Jérôme, c'est juste la vie, il n'y a pas de médicament..."
J'ai conscience de passer pour un flower-power un peu gnangnan mais je m'en branle la cacahouète : je vous prends sur Hocquenghem quand vous voulez :-) ; il me semble que nous cherchons sans doute un peu trop de résultats, un peu rapidement, et qu'on en oublie que rien, sur cette petite planète, ne se fait vite. Il faut du temps pour que les herbes poussent, il faut du temps pour que les gouttes s'évaporent, il faut du temps pour aimer...
Si j'ai un conseil à donner aux célibataires : plantez des choses, des graines, et regardez comme c'est long, la vie, parfois, et que c'est parce que c'est si long que c'est merveilleux... Rien ne se fait sans lenteur, l'amour, sans doute plus que le reste...

Bon vent !

Quelle est la pilule qui nous tiendra bien portants, contents et sereins ? Ni celle de mon ni celle de ton arrière grand-père, mais les remèdes universels, végétaux, botaniques de notre arrière grand-mère la Nature... Pour panacée, en guise d'une de ces fioles de charlatan contenant une mixture puisée à l'Achéron et la Mer Morte, qui sortent de ces longs wagons noirs à cloisons basses et à l'aspect de goélettes auxquels nous voyons parfois qu'on fait porter des bouteilles, permettez que je prenne une gorgée d'air matinal non coupée d'eau. L'air matinal ! Si les hommes ne veulent boire de cela à la source du jour, eh bien, alors, qu'on en mette, fût-ce en bouteille, et le vende en boutique, pour le profit de ceux qui ont perdu leur bulletin d'abonnement à l'heure du matin en ce monde." Henry David Thoreau
Walden, ou la vie dans les bois.

PS : à ceux de là-bas qui viendraient se perdre sur ces pages : rien d'autre que MERCI pour cette nouvelle porte qui s'ouvre...

mercredi 6 août 2008

Les Nouveaux Romantiques (Merci Karen !)

Bon, cinq points de moins sur votre brevet de pédale si vous n'avez pas saisi la référence...
Dans les petites annonces, ou même lors du premier rendez-vous, on affirme, souvent : "je suis assez romantique", ou, au contraire : "non, moi, les mecs romantiques, ça me gave."
Quelle image avons-nous du mec romantique ? Passionnément amoureux, épris de sensations fortes, plaçant le sexe dans son acception la plus sentimentale qui soit : le romantique ne baise pas, il fait l'amour. Le romantique, on se moque souvent de lui, ou au contraire, on l'envie. Romantique, nous ne sommes un peu tous, en début de relation, mais nous ne pouvons pas le demeurer longtemps, il s'agit d'une conception littéraire somme toute assez récente, qui n'a pas grand chose à voir avec le couple et sa pérennité... Explications.
Le romantisme remonte au XIXème siècle, et il nous vient d'Allemagne (le jeune Werther, à lire !) : l'amour absolu, l'étreinte, la passion, le corps, le détachement des choses communes pour accéder au paradis avec l'autre, notre moitié, à une forme d'amour proche de l'absolu, quasiment divin. Ophélie, chez Shakespeare, Werther, Adolphe chez Benjamin Constant, sont des héros romantiques. Ils sont jeunes, ils souffrent (le romantique doit souffrir pour accéder à l'absolu), et ne tardent guère à mourir.
Il y a en effet du chrétien dans le romantique, et ce n'est pas un hasard si des Vigny, des Chateaubriand ou des Lamartine ("ô temps, suspends ton vol"), ces auteurs chrétiens, sont aussi rangés parmi les romantiques.
La meilleure définition du romantique nous vient à mon avis de Madame de Staël (De la Littérature, II, 5) qui nous parle de "L'Incomplet de la Destinée" :

"Ce que l'homme a fait de plus grand, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée. Les esprits médiocres sont, en général, assez satisfaits de la vie commune ; ils arrondissent, pour ainsi dire, leur existence, et suppléent à ce qui peut leur manquer encore par les illusions de la vanité ; mais le sublime de l'esprit, des sentiments et des actions, doit son essor au besoin d'échapper aux bornes qui circonscrivent l'imagination."

Tout est dit dans cette simple phrase : le romantique ne peut se contenter de terre à terre, de quotidien ; selon lui, l'homme ne saurait créer que dans le sublime, au-delà du quotidien, sans quoi, sa vie serait vouée à demeurer morne et médiocre...
On devrait faire un procès à la de Staël, à cause d'elle, des tas de pédales pleines de bonnes intentions passent à côté de l'amour. Nous baignons, que nous le voulions ou non, dans ce magma culturel qui veut que l'histoire d'amour soit forcément sublime, presque divine, pratiquement détachée des choses terrestres. Alors, conformément à ce modèle, nous sommes démunis face à des choses très quotidiennes comme la lassitude, la routine, les habitudes, en gros, le "médiocre" aux yeux des romantiques...
N'oubliez pas : le héros romantique ne survit jamais dans la littérature, il est constamment insatisfait, et passe en général à côté de son destin. Je me demande si nous, surtout nous les pédés, nous n'avons pas dans nos gênes et notre éducation un conditionnement qui fausserait quelque peu notre image du couple... Bon, surtout surtout, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne généralise pas, mais chez beaucoup de jeunes, et de moins jeunes, on se paralyse un peu rapidement au nom d'une idée de l'amour qui n'est finalement qu'un petit délire littéraire...
Je laisse la parole à Chateaubriand, qui conclura mieux que moi (Les Martyrs, Génie du christianisme) :

"Cymodocée commençait à sentir une vivre frayeur, qu'elle n'osait toutefois laisser paraître. Son étonnement n'eut plus de bornes lorsqu'elle vit son guide s'incliner devant un esclave délaissé qu'ils trouvèrent au bord d'un chemin, l'appeler son frère, et lui donner son manteau pour couvrir sa nudité.
-Etranger, dit la fille de Démodocus, tu as cru sans doute que ce esclave était quelque dieu caché sous la figure d'un mendiant, pour éprouver le coeur des mortels ?
-Non, répondit Eudore, j'ai cru que c'était un homme.''"


Soyons tous des Eudore dans nos rencontres... ! Bon vent !

mardi 22 juillet 2008

Dieu, j'aime ce Monde !

Eté oblige, nous devons sourire ! Passons donc la crème solaire sur notre cervelle (parfois trop) en ébullition, épilons nous les fesses de la mélancolie, et sourions à la vie, car quelques anecdotes, quelques pétillements dans le regard, vont achever de vous montrer cette chance unique que vous avez tous, ce trésor que vous détenez : celui d'être une pédale, et donc, ce bonheur ultime que nous portons en chacun de nous... !

Tout a commencé il y a quelques années, dans un restaurant de la rue des Lombards qui aujourd'hui n'existe plus. J'étais avec quelques amis du Piano Zinc (qui aujourd'hui n'existe plus, non plus... Purée...) et nous mangions. Vous savez, ces menus si pédales : langoustines sur duvet de ciboulette ciselée, filet mignon à la sauce youpala et son coulis de pêches de vigne du Languedoc, et pour finir, dessert en farandoles avec la bise du chef... Je n'ai plus trop de mémoire, mais c'était dans ce goût-là... J'avais 22, 23, un minot. Et j'étais avec des folles intégrales, celles que j'aime et auxquelles je finirai peut-être par ressembler, un jour : les drôles, les cassantes, les cyniques, mais les au grand coeur.
Brusquement, la musique de fond a changé. D'une techno merdique, on a entendu quelques notes bien familières : "Il venait d'avoir 18 ans, il était beau comme un enfant..." Et là, on entendit, dans toute cette cave voûtée qui dégustait un fin sorbet abricot-basilic sur velouté de framboises marocaines : FORT COMME UN HOOOOMMMMMMMMMEEEEEEEEEEEEEEEEUUUUHHHHHHH !!!!!!!!
Toutes, oui, toutes, les bears, les poilues, les crevettes, les TBM, les TTBM, elles ont chanté et repris le couplet de sainte Yolanda... Là, un de mes potes s'exclame : "Dieu, j'aime ce monde !"
Tout est dans cette phrase, et voici le récit d'une folle journée, qui montre que ce monde, justement, n'est pas prêt de crever...

Midi : un plan cul, hétéro refoulé. Super canon, plein de gentillesse, le feu au derrière, quand même. Il me demande si j'ai un copain (après éjaculation, je précise...)
Après-Midi : Balade avec un vieil ami, un qui sait, un qui a vu, connu, un qui donne les bons conseils. On se ressource, on écoute l'eau couler, les oiseaux qui chantent, on mate les mecs torse nu, on fait des commentaires. C'est l'amitié, l'expérience. C'est juste bien.
Je rentre à Châtelet, croise un contact internet. Discussion flamboyante. On refait le monde, parlons d'amour, de mecs, des ex, de la vie. De cette putain de vie qui continue malgré les petits découragements qui ne sont rien d'autre que la vie, finalement...
Près du BHV, je croise un vieux pote, pas vu depuis 10 ans.
Lui : Purée, t'as pas changé !
Moi : Menteuse ! Tu deviens quoi ?
Lui : Je suis prof
Moi : Bienvenue au club ! Et sinon, les amours ??
Lui : Je viens de larguer mon mec...
Moi : Paix à son âme. C'était mérité au moins ?
Lui : Oui, on n'avais plus rien à se dire, je dois l'oublier.
Moi : Donc, maintenant, tu le détestes.
Lui : Effectivement.
Moi : C'est normal, tu es tout à fait normal.
Lui : J'ai recraqué y'a pas longtemps
Moi : Ah oué ?... Et Pourquoi ?
Lui : Après notre séparation, il a pris un chien (il ajoute : bonjour Monsieur Freud...), et la bête est morte trois semaines après d'une crise cardiaque. Il était en larmes, je l'ai consolé.
NB : Je jure que c'est vrai
Moi : Laisse-le crever, il ne te méritait pas.
Lui : Tu as raison, tu as msn ?
Moi : Oui (je lui donne).
Lui : Cool, on va pouvoir parler, en plus j'ai une cam...

Et ce n'est pas fini, tandis que je me dis qu'il faudrait que je m'achète une cam mais que quand même, ça fait un peu début de la fin... Atterrissage au bistrot. Le serveur me demande mon téléphone, après quand même deux semaines d'intenses oeillades. Nous parlons de choses et d'autres, parce que bon, dans ces cas-là, on ne sait pas parler de quoi que ce soit d'autres que de choses sans intérêts.... Il m'a quand même dit que j'étais démodé, parce que je ne connaissais pas je ne sais plus qui, Nathalie Imburgéra, un nom comme ça... C'est donc aujourd'hui 22 juillet 2008 qu'un barman me dit que je suis démodé, dans la vie d'une tapette, c'est notable..
(barman qui je crois me drague, mais je ne suis pas sûr : demander un numéro de téléphone, de mon temps, c'était draguer, mais en 2008 ??).


Yolanda siffle dans mes oreilles, elle me sourit, elle irradie. Elle était avec moi aujourd'hui... Elle est très fière de son boulot, apparemment...

Bilan : dans cette journée : le sexe, l'attention, l'amitié, l'expérience, l'humour, l'autodérision, l'intelligence, l'échange, la mauvaise foi, le cynisme, la séduction, l'espoir.... La vie en somme !!!
N'oubliez jamais pourquoi vous êtes une pédale !!!

Bon vent !

"Le bonheur c'est le jour qui me réveille C'est le ciel sur les arbres que je vois C'est laisser tous mes rêves de la veille Pour ce que tu m'apporteras"
Dalida...

Dalida



Je reprends le micro parce qu'on me souffle dans l'oreillette que Trouver Un Mec en 10 leçons est numéro 1 des ventes sur Adventice. Au nom de tous les deux (P & J) : Merci Merci Merci !

mercredi 9 juillet 2008

Parlons cul...ture

Longtemps, la culture générale, ou plutôt son absence, m'a complexé. Les dîners en ville où l'on n'a rien à dire ou penser (croit-on), les discussions alambiquées sur la nouvelle télévision à écran plat, les moments parfois un peu pénibles où chacun y va de sa référence, son film, sa lecture du moment. Je n'aime guère les pontifiants, ceux qui savent et qui s'en vantent. Vous savez, ces types qui ont tout lu sur Wagner ou la chanson réaliste et qui ne manquent pas de vous placer la référence inconnue, qui n'est pas destinée à être partagée, mais qui sert juste de balise indiquant à l'aimable auditoire : "tu vois, moi je sais" en sous-entendant, "et toi, tu ne sais pas, alors ferme-la".
Très souvent, et je pense que c'est assez courant chez les pédales (qui aiment bien parler d'elles-mêmes, tout de même, en témoigne le foisonnement des sites, des blogs, des pages personnelles, des portails, des facebooks, des sites de convivialité), un jeu peut-être un peu pernicieux se met en place : on parle, on assène, on postule, on prouve, on agite le petit cocotier de nos références littéraires et culturelles dans l'espoir qu'en tombera l'argument définitif, claquant et sec, permettant de poser définitivement sa petite personnalité.

Je ne généralise pas, mais des comme ça, nous en connaissons tous. Le savoir devrait être une générosité. Si j'ai une pomme, que tu as une pomme, nous les échangeons, et chacun d'entre nous reste avec une pomme ; mais si j'ai une idée, et que tu as une idée, en les échangeant, chacun d'entre nous repart avec deux idées. Là est toute la différence.
J'ai longtemps nourri le complexe de ne pas être cultivé, et très souvent, ce complexe a engendré de curieux rapports amoureux (raison d'être de ce billet). Vous rencontrez un mec pour la première fois, la conversation finit vite par dériver vers des sujets un peu extérieurs : sorti du nom, du boulot, de l'âge, du "tu viens souvent ici", il faut meubler un peu la conversation. A titre personnel (désolé, je parle beaucoup de moi ici, mais c'est pour la bonne cause), je n'aime pas les blancs dans la conversation, il faut les remplir, vite et bien, ce qui est, j'en conviens, une erreur. Les gens qui savent se taire et écouter ont souvent plus de choses à partager, et surtout, ils gardent une part de mystère, une générosité de l'autre. Evidemment, si les deux se taisent, c'est difficile. Je suis de ceux que le silence angoisse terriblement lorsque je ne suis pas seul.
Dans ces cas-là, il faut parler. J'ai pleinement conscience que cette assertion est le produit d'une personnalité qui n'est guère aboutie dans ce domaine, aussi, n'hésitez pas à éclairer ma lanterne... :)
J'étais sur le chat récemment et un garçon de 24 ans me contacte. Nous parlons de choses et d'autres et je fus frappé par sa violence et sa résolution. "J'ai une Mégane mais je veux une alpha-roméo", "mon studio ne me plaît pas, il me faut un duplex", je lui demande s'il vit encore chez ses parents (ce qui ne me semble pas complètement fantaisiste dans le contexte économique actuel) et il me répond : "non mais ça ne va pas, je ne suis pas un looser..." La conversation ne s'est pas éternisée, mais une réflexion est venue...
Je me demande si en lisant un peu plus, ce garçon n'acquerrait pas un regard un peu plus ouvert, si, en regardant vivre, hésiter, se tromper, d'autres personnages, il n'assouplirait pas un petit peu sa vision des choses, et des mecs. Si ça se trouve, il est passé à côté de quelqu'un de bien parce que ce type n'avait ni belle bagnole, ni appartement et qu'il vivait chez ses parents... Dans les livres, dans la littérature, il y a des exemples, des situations, des réflexions qui nourrissent autant que dans la vie. Je ne vais rien étaler, mais je sais que j'ai appris beaucoup de choses en lisant Proust, par exemple : le désordre amoureux, la quête de soi, l'envie de s'accomplir, les petits travers de l'humain. Je dis Proust, et je sens qu'on va se foutre de ma gueule, parce qu'il a une sale réputation. En fait, il ne s'agit pas ici d'asséner de manière professorale la sentence : "lis, tu seras moins con", mais simplement d'inviter au partage. C'est une idée en l'air, mais je pense que nous autres, pédales, dans le rapport amoureux redécouvrons assez souvent la lune : "il est mytho, je ne sais pas s'il est sincère, je me demande s'il m'aime toujours". Ces questions sont légitimes, et elles intéressent les deux personnes, elles leur sont propres. Ce qui est vrai, c'est que parfois, nous nourrissons de fausses illusions, qui peuvent devenir de la rancoeur, alors qu'il serait plus simple de feuilleter quelques pages pour nous rendre compte que Sagan, Laclos, Flaubert, Maupassant ont déjà décrit des sentiments que nous nous pensons inédits...
Je ne voudrais pas passer pour élitiste en écrivant cela, quand j'étais plus jeune, j'étais persuadé que je ne pourrais pas vivre avec un mec qui ne soit pas cultivé. C'est de la foutaise, à certains, l'expérience de l'existence apporte ce que d'autres trouvent dans la littérature ou dans les séries américaines (qui sont quand même bien fichues quant à la description du rapport amoureux). Je pense sincèrement que ça peut aider un peu...
La semaine dernière, dans un bar du Marais, à côté d'une célèbre librairie, je parle avec un garçon. Trop jeune, trop beau, je reste persuadé qu'il a juste envie de parler. Il me dit habiter à Télégraphe, comme je ne sais jamais quoi dire dans ces contextes si particuliers, à mi-chemin entre la conversation, le discours galant et la conquête amoureuse, je lui sors : "tu sais que Télégraphe, c'est le point culminant de Paris", et je lui explique ce qu'était un télégraphe. Il m'a souri, gentiment, et m'a répondu simplement : "merci, je ne savais pas", et on a papoté tranquillement. Il n'a pas eu honte, il a appris, et moi, m'a appris des choses que j'ignorais sur la télévision espagnole. Encore l'image de la pomme et de l'idée. Maintenant, on se salue, simplement, et amicalement...
Nous perdons parfois la simplicité de dire "je ne sais pas", moi, ça me vient seulement depuis peu, je me suis rendu compte à quel point c'était plus riche que de faire semblant de savoir, ou même de sortir le mince vernis sur un sujet que nous pensons maîtriser.
Dire "je ne sais pas", c'est une force du couple qui fonctionne. Celui qui ignore a des choses à recevoir, et celui qui sait à des choses à donner. Les deux gardent donc leur part de mystère, qui fait avancer la machine. D'autant que les rôles ne sont pas définis : tour à tour, l'ignorant se fait savant et le savant ignorant...

Aussi, quand vous le rencontrerez, ne dites pas oui, ne dites pas non, mais écoutez, simplement, et demandez de répéter, de clarifier. A votre tour, clarifiez. C'est sur ce petit terreau de connaissances déjà partagées, quelques minutes après le premier regard, que naîtra votre histoire...

Bon vent !

"J'ai refermé le codex en marquant l'endroit avec mon doigt, je crois. Le visage enfin apaisé, je me suis confié à Alypius. Mais lui-même m'a confié ce qui se passait en lui, et que j'ignorais... Je lui montre alors le passage et son attention se porte sur la suite... Alypius s'y reconnut... Il m'a rejoint sans troubles, sans hésitations"
Augustin d'Hippone, les Confessions, livre VIII

Je vous raconterai la teneur des relations entre Augustin et Alypius, si vous voulez. Ce qui est beau dans cet extrait, c'est le partage d'abord, mais aussi une part d'inconnu qui demeure. Ce que l'un voit n'est pas forcément ce que l'autre voit. Ainsi naît l'échange, voire l'amour...

lundi 16 juin 2008

Musicothérapie

Il arrive que dans les moments un petit peu difficiles l'on se réfugie dans la musique. Moi, c'est chronique. Il y a les chansons quand je rencontre un mec, les chansons quand je me pose des questions sur un mec, les chansons quand je suis séparé d'un mec. Inutile de vous dire que ma discothèque regorge des stars les plus kitsch de la création.
Michelle Torr, Lynda Lemay, Pétula Clark ont chanté des choses incroyables sur l'amour, et très honnêtement, une grande part de tout cela s'adresse subliminalement à l'internationale pédale...
Par hasard, je suis retombé sur une vieille cassette d'Anne Sylvestre que j'écoutais quand j'étais petit...

C'est une chanson pour les petits, les fabulettes, un cadeau de ma Mamie (la pauvre, si elle s'était doutée), mais je la trouve emplie de sagesse et pleine d'optimisme. Je rajouterais, connaissant un peu la loustique, qu'elle a dû écrire cela en pensant un peu aux adultes. Bon, je ne vous fais pas un dessin, Anne Sylvestre, elle est pas hétéro, hétéro non plus... (ah ! la chanson Gay gay marions-nous : "Vous ma voisine, que je trouve si byzantine... grimpez-donc sur mes genoux, c'est la première étape, ça va pas plaire au pape !!!!"). Anne, je t'aime !!! Les paroles de cette chanson sont un hymne à l'amour lesbien et pédé.

Ici, la chanson s'appelle Bel escalier
C'est une sorte de cheminement personnel pour passer de l'état de pauvre fille larguée que personne n'aime plus à l'état extatique de la rencontre amoureuse (quoi, j'idéalise, et alors ???)


Voili-voilou :

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la première marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que mon mouchoir, me le faut pour pleurer. - Donnez votre mouchoir, plus jamais pleurerez.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la deuxième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que ma barrette, mes cheveux vont tomber. - Donnez votre barrette, je vous recoifferai.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la troisième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que mes sandales, me les faut pour marcher. Donnez donc vos sandales, nous avons balayé.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la quatrième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai plus que trois billes, les autres sont cassées. - Donnez donc vos trois billes, nous aimons y jouer.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la cinquième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai plus que ma corde, mais j'aime bien sauter. - Donnez donc votre corde, je vous la prêterai.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la sixième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je connais une histoire, je peux la raconter. - Racontez votre histoire, nous aimons bien rêver.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la septième marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai que mon sourire, je vous le donnerai. - Gardez votre sourire, ici tout le monde est gai.

Bel escalier, puis-je monter ? - Mais oui, madame, il faut payer. A la dernière marche que dois-je vous donner ? - Donnez, donnez, Madame, tout ce que vous voudrez. Je n'ai plus que mon cœur, après je n'ai plus rien. - Donnez donc votre cœur, nous vous aimerons bien.

J'aime beaucoup cette chanson, et en ce moment, elle me fait vraiment écho. Sors de ton chagrin, ose un peu, donne ce que tu es, sois-en fier, et peu à peu, l'amour sera au bout du chemin.

C'est tout choubidou d'amour, non ??? :-D


Les chansons de la belle Anne (dont "gay gay marions-nous", aussi ; je ne comprends d'ailleurs pas que ce truc ne soit pas chanté à la Pride, ça changerait de cette merde de techno...), vous pourrez les écouter légalement sur ce site :

http://www.deezer.com/#music/result/anne%20sylvestre

samedi 7 juin 2008

Méditations célibataires

En relisant les différents posts depuis que ce blog est ouvert, je me suis rendu compte que nous vous avions assez mal informé des motivations de cette petite respiration virtuelle. Le blog est construit à deux, sans que nous ne concertions sur le contenu ; selon le temps que chacun de nous, moi ou Philippe, pouvons y consacrer, nous éditons un post sur la recherche amoureuse, sur l'amour pédé (je hais le politiquement correct, tout comme le mot homosexuel, et je n'y connais rien en lesbiennes).
L'objectif, en tous les cas le mien (je laisse à Philippe le soin de vous éclairer sur les siens), c'est dédramatiser, rassurer, servir d'épaule. On a tous eu (mais peut-être me trompè-je) des périodes de doutes, après une rupture, après une dispute, ou après un énième rateau : le lecteur devrait trouver ici un peu de réconfort. En partageant une expérience, en racontant une histoire, en extirpant le sens d'une expression ou d'une croyance, je cherche à montrer que tous les atouts, vous les avez en vous, que chacun a de la valeur, le tout est de prendre conscience de sa propre valeur. Cette valeur, c'est vous seul qui serez à même de la comprendre, pas un mec avec lequel vous souhaiteriez vivre. Parfois, pour trouver une personne avec laquelle partager sa vie, ça prend un peu de temps. Nous essaierons de comprendre ce qu'il faut faire de ce temps, pourquoi il est nécessaire, comment cultiver son jardin intérieur pour lui permettre d'être suffisamment accueillant à un alter ego à venir.

Bien évidemment, de nombreux lecteurs n'ont pas besoin de tous ces conseils, de tous ces partages d'expériences, et ils n'ont sans doute que peu d'intérêt à suivre ce blog, rien ne les empêche de laisser une remarque, un commentaire. M'est assez chère l'idée d'agora, où chacun d'entre nous construit une réflexion, où chacun se sert et rend une petite expérience, une agora qu'un jour, on peut quitter, parce qu'on y a pris ce dont on avait besoin. Nous essaierons de le faire avec humour, en français, avec attention et affection...

Aujourd'hui, le samedi est gris, les démons du passé trouvent peut-être plus facilement un accès à notre petite personne et ces jours-là, on se dit qu'on serait sans doute mieux avec quelqu'un, peut-être, peut-être pas. Ces jours-là, sortir ou passer des heures sur le net ne sert à rien. Ces jours-là, on a toujours un peu de rangement à faire, une livre de fraises à acheter, un thé à déguster, un temps pour soi. Dans ces moments-là, il faut faire. Finir ce livre qui traîne, commencer celui qu'on nous a offert, écouter ce disque qu'on connaît mal, faire sa cuisine...

Une petite chose peut changer le monde, une petite action : ranger, nettoyer, faire une course, se promener calmement, tout ne vous amènera pas forcément un mec, mais vous aurez été un peu plus heureux, et cette petite parcelle de bonheur vaut mieux qu'une sombre obscurité.

"Si tu t'affliges pour une cause extérieure, ce n'est pas elle qui t'importune, c'est le jugement que tu portes sur elle. Or, ce jugement, il dépend de toi de l'effacer à l'instant." Marc Aurèle, IIIème siècle.

jeudi 22 mai 2008

En attendant...

Un nouveau voisin s'est installé en face de chez moi il y a peu. Mon studio est orienté sur une petite cour et il y a un vis-à-vis qui en est presque indécent. Ainsi, malgré moi, il m'arrive donc de le voir, sans voyeurisme excessif, je vous rassure. Disons que lorsque je suis à la fenêtre, je ne peux pas le manquer... Visiblement, ce gars est triomphalement hétéro, ça se sent ces choses là, et puis il n'est pas mon genre. Donc, non, désolé ;-) , ce post n'est pas destiné à alimenter un énième fantasme ou à raconter un pathétique plan cul. D'autres maisons doivent exister pour cela.

Ce nouveau voisin, jeune, plutôt joli garçon, m'a en réalité inspiré une réflexion. La nuit, quand je me relève pour prendre une tisane, ou aller aux toilettes, parfois très tard, sa lumière demeure allumée. Il travaille devant son ordi. La journée aussi d'ailleurs, j'ai pu le constater aujourd'hui, étant en congé, le week-end également. Il ne surfe pas sur internet mais construit des maquettes, des figurines, des petits personnages qui, à vue de nez, doivent alimenter des jeux de rôle. Je le regarde parfois, non pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il fait. J'ai toujours adoré regarder les gens travailler de leurs mains. Dans le métro, si une dame tricote, fait du crochet ou se maquille, je me mets en face, juste pour admirer ses mains. J'apprécie vraiment de voir des gens fabriquer des choses ; j'insiste là-dessus pour dire encore une fois que ce n'est pas le type en soi qui m'intéresse.

Il y passe un temps considérable, un soin évident. Il semble inspiré et comme il fait sécher ses petites oeuvres sur la fenêtre, je peux affirmer qu'il est doué. En rentrant ce soir, là, en ce moment, il y est encore. Ce garçon semble heureux, il a des amis, une vie sociale, mais la plupart du temps, d'après ce que je constate, il reste enfermé chez lui, à fabriquer ses petites figurines. Il a une passion, la cultive, tranquillement. C'est son jardin secret, sans doute, et je suis bien peu respectueux de parasiter cette vie qui semble calme, tranquille, et constructive en vous en dévoilant une partie. Mais tout cela reste anonyme, donc...

M'est venue une comparaison à l'esprit. Moi, qui ai un nombre considérable de passions, qu'il est inutile de dévoiler ici, je ne supporte pas, presque physiquement, de rester chez moi, alors qu'il serait plus calme, plus intéressant d'aller jusqu'au bout du roman qui traîne sur ma table, de regarder l'émission qui certainement m'intéresserait et que j'ai enregistrée il y a trois mois, de m'occuper de mes plantes, de terminer mon roman, enfin, tout ça. Je ne reste pas chez moi pour une raison simple : comment rencontrer quelqu'un en restant chez soi ? Alors je dépense une énergie considérable à faire quelque chose qui m'ennuie la plupart du temps, traîner dans les bars, tenir les mêmes conversations, draguer de faux plans, tandis que je serais bien plus heureux à faire ce que j'aime faire à la maison... J'en serai non seulement heureux, mais je me dis que le Prochain (Prochain, si tu me lis...), préfèrera sans doute quelqu'un qui fasse ce qu'il aime vraiment au lieu d'un type qui s'oblige à faire ce qu'il ne lui plaît pas...

Ce garçon reste chez lui, fait ce qu'il aime et a suffisamment compris l'existence pour savoir que les choses viennent sans agir. Il est lui-même, conserve son soi intérieur intact, n'en démord pas. Je suis persuadé que ce garçon a une copine, ou, s'il n'en a pas, que ça ne lui pose pas de problèmes, qu'il se dit que ça viendra...

Alors, en attendant le prochain, que faut-il faire ? Ne pas attendre, faire, tout simplement. Ne pas être autre chose que ce qu'on est.

dimanche 27 avril 2008

Augustin et son amant

Le passé n'est pas toujours bon conseilleur. S'y lover et nourrir le regret, les remords, les amertumes, ce n'est pas bon, c'est même dangereux. Cette vérité est légitime lorsqu'il s'agit de son passé, mais se pencher sur le passé des hommes peut aider à y voir plus clair... Il est des moments où le passé, l'histoire, éclairent et édifient. Des moments où il est rassurant de voir que nos petites questions ont déjà été posées il y a bien longtemps, qu'elles n'ont pas toujours été résolues. Cela nous remet à notre place, aide à relativiser, et à y croire. Il a été beaucoup écrit sur les ruptures sentimentales, des choses bonnes, d'autres un peu gnan-gnan, une chose est vraie, ce n'est pas un moment anodin dans une vie, ce n'est ni bien, ni mal, c'est une brique de l'existence. Les quelques lignes qu'un vieil homme de près de 70 ans, se penchant sur sa jeunesse et son amant décédé viennent nous montrer que l'amour, les peines de coeur, la soif d'être soi-même, sont vieux comme le monde.

"Au début de mon enseignement dans la municipalité où je suis né, je m'étais fait un ami. Notre ardente compagnie me l'a rendu infiniment cher. Nous avions le même âge, et nous partagions les fleurs de l'adolescence. Enfant, il avait grandi avec moi, nous étions allés ensemble à l'école et nous avions joué ensemble... notre amitié était plus douce que de raison, mûrie par la ferveur des passions communes... Avec moi, ce jeune homme perdait l'esprit. Et sans lui mon esprit était perdu. Son amitié pour moi n'avait pas plus d'un an, amitié d'une douceur, me semblait-il, supérieure à toutes les douceurs de ma vie jusque-là.

Tourmenté par des fièvres, mon ami gisait depuis longtemps sans connaissance dans une sueur létale. Il était dans un état désespéré, on l'a baptisé inconscient. Je ne me suis pas fait de souci sur le moment. Je pensais que son âme retiendrait tout ce qu'il avait reçu de moi plutôt que ce qu'on faisait subir à son corps inconscient. Mais les choses ne se sont pas passées comme ça. Il est revenu à la vie et à recouvré la santé. Aussitôt, dès que j'ai pu parler avec lui, ce que j'ai pu faire assez vite, et dès que lui-même en a été capable, puisque je ne me séparais jamais de lui et que nous étions éperdument pendus l'un à l'autre, j'ai voulu me moquer avec lui, pensant que ce serait réciproque, du baptême qu'il avait reçu totalement inconscient et insensible... Mais alors je lui ai fait horreur, comme un ennemi. Il m'a prévenu, avec une franchise extraordinaire et inattendue, que si je voulais être son ami, je devais arrêter de lui parler ainsi. Stupéfait et troublé, j'ai remis à plus tard l'expression de mes pensées. Il devait d'abord reprendre des forces et être suffisamment en forme pour que je puisse faire avec lui ce que je voulais...

Quelques jours plus tard, en mon absence, il est repris de fièvres et meurt.

Cette douleur a noirci mon coeur. Dans tous mes regards, il y avait la mort. La patrie était mon supplice et la maison paternelle un étrange malheur. Tout ce que j'avais eu en commun avec lui se retournait sans lui en torture monstrueuse. Mes yeux le réclamaient partout et on ne me le donnait pas. Je haïssais tout parce que tout était privé de lui et que rien autour de moi ne pouvait plus me dire : le voici, il arrive, comme de son vivant quand il était absent. ... Seuls les pleurs m'étaient doux et avaient pris la place de mon ami dans les plaisirs de mon coeur.

Maintenant, c'est déjà loin... et la blessure s'est calmée. J'étais malheureux. L'âme est malheureuse, garrottée par l'amitié des choses mortelles, et lacérée quand elle les perd. Le malheur qu'elle éprouve était déjà son malheur avant même de les perdre. Je me trouvais exactement dans cet état. Je pleurais amèrement et je trouvais mon repos dans l'amertume. Oui, j'étais malheureux. Mais je tenais à cette vie de malheurs plus qu'à mon ami. J'aurais bien voulu la changer mais je n'aurais pas voulu la perdre à sa place. Je ne sais si j'aurais voulu la perdre pour lui, comme la tradition, ou plutôt la fiction, d'Oreste et Pylade qui auraient voulu mourir ensemble l'un pour l'autre. Ne pas vivre ensemble était pour eux pire que la mort. Mais en moi, je ne sais quel sentiment extrêmement paradoxal s'était levé. A la fois un immense dégoût de vivre et la peur de mourir. Je crois que plus je l'aimais, plus j'éprouvais pour la mort, qui me l'avait emporté comme une ennemie très féroce, de la haine et de la peur. Elle viendrait soudain à bout de tous les hommes, j'imaginais, puisqu'elle avait pu l'avoir. Je m'étonnais que le reste des mortels vive alors que celui que j'avais adoré comme s'il n'eût pas dû mourir était mort.... J'ai moi-même éprouvé que mon âme et son âme ne faisaient qu'une seule âme dans deux corps différents. Je ne voulais pas vivre à moitié, et en même temps, je ne voulais pas mourir... Sans doute parce que je ne voulais pas que celui que j'avais tant aimé meurt tout entier...

... J'ai fui la patrie. Mes yeux chercheraient moins mon ami où ils n'avaient pas l'habitude de le voir. De la ville de Tagaste, je suis ainsi venu à Carthage..."

Augustin d'Hippone (354-430), les Confessions, livre IV.

Tout est là : l'absence, les traces de celui qu'on a aimé dans les moindres détails, dans un objet, un paysage, une parole, une odeur. Tout est là encore : l'envie de mourir pour rejoindre celui qu'on a aimé, mais la peur de mourir et par conséquent de faire mourir, une seconde fois, l'amant disparu.

Augustin est finalement parti à Carthage, où il s'est converti au christianisme, et il est devenu Saint Augustin, le plus grand penseur de l'Occident de la fin de l'empire romain. Il vivait au quatrième siècle, il a écrit ces lignes poignantes à la fin de sa vie, alors qu'il était un évêque et un philosophe reconnu, adulé. Certes, Augustin n'avait visiblement pas tout digéré : il est devenu le papa du péché originel, du péché de chair et de la chasteté chez les prêtres. Si ce jeune homme, dont il parle, avait vécu plus longtemps, la face du monde eût peut-être bien changé !

Vous trouverez une version superbe des Confessions, plus lisible que la traditionnelle dans la traduction très réussie de Frédéric Boyer : Les Aveux, POL-2008

augustin d'HIppone

mardi 1 avril 2008

Y croire, encore et toujours

Aujourd'hui, c'est le Premier avril... La première blague à la con qui m'est venue avec les collègues, c'est : "les filles, j'ai trouvé un mari". Je dis mari, il paraît que c'est pécher... Oui, dire un mari, ça fait peur, ça fait fuir, pis encore, ça fait possessif et pauvre fille qui n'a pas résolu ses problèmes. Et alors ? depuis quand faudrait-il avoir résolu ses problèmes pour admettre une vie de couple à peu près tranquille ? Dire mari, chez une pédale, ce n'est pas reproduire un schéma hétéro à deux balles, c'est admettre que dans sa vie, on a un mec, qui compte, qui est là, qui dure, qui nous supporte, et qu'on aime... Dire j'ai un mari, c'est tout le mal que l'on puisse souhaiter à n'importe quelle pédé ordinaire. Un pédé ordinaire, j'en suis. Donc : ça ne fait aucun doute, je cherche un mari. La vanne était un peu grosse, personne n'y a cru. C'est que la méthode Coué ne suffit pas, il ne sert à rien de le vouloir : si vous le voulez, vous ferez peur, et si vous faites peur, vous faites fuir, c'est mathématique, expérimenté par des générations de folles. Certains disent mon mec, d'autres mon ami, d'autres l'appellent simplement Christophe, Stéphane, Alexis ou Sébastien. C'est votre homme, celui qui compte et comptera pour vous, ou celui qui a compté... Comment être prêt ? Comment savoir si on l'est vraiment ? Simplement ne plus se poser la question, aller de l'avant, sortir, un peu, sans se forcer, regarder, ne plus envisager les autres comme un gigantesque théâtre d'ombres chinoises mais entrer dans le manège, entrer dans le jeu de natation synchronisée comme dit Vincent Delerm (quoi, on a les références qu'on peut non ??). Etre prêt, c'est ne plus se torturer pour savoir si on l'est vraiment. C'est faire le point, vivre normalement, en sentant, en reniflant, en ayant l'air au vent. C'est le printemps, domptons nos narines. Il est là, quelque part, il attend, comme nous, nous l'attendons, et de pied ferme. Aujourd'hui premier avril, j'ai plaisanté en criant que j'avais un mari, et si ça se trouve, je n'ai même pas regardé dans mon dos pour voir si quelque chose y était accroché... Pensons de temps en temps à nous retourner, à sourire. Quand on aime, on ne démérite jamais.