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heart is a lonely hunter

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mardi 11 novembre 2008

Mes amis, mes amours, mes emmerdes

Une amie m'avait un jour confessé : "tu sais, à 60 ans, quand je fais le bilan, ce sont finalement les relations d'amitié qui furent les plus intenses, plus en tous les cas que mes histoires d'amour." Je n'avais pas trop aimé, à l'époque, y devinant, évidemment à tort, une forme de résignation, un simple repli sur soi et sur son univers. En résumé, je voyais dans cette réflexion pourtant bien humaine et très apaisée une injonction à m'éloigner d'un objectif pourtant légitime : vivre une histoire d'amour durable... Dans mon esprit, étaient donc opposées la relation amoureuse et la relation amicale, l'une succédant à l'autre au gré des aléas de l'existence.
Et bien, à mesure que les mois de "célibat" s'égrainent les uns après les autres, à mesure également qu'il devient évident qu'on peut avoir le moral sans être avec un mec, à mesure que les années passent en laissant quelques stigmates, Dieu merci encore embryonnaires, sur feu mon corps de rêve, je me demande si ma copine n'avait pas un peu raison, tout de même.
Nous sommes trois ou quatre, tous des mecs bien je sais, célibataires et finalement relativement heureux de l'être, en tous les cas, personne ne semble particulièrement désespéré, nous avons nos ex, nos histoires, nos petits traits d'humour à leur sujet, où s'agitent en proportions à peu près égales de l'ironie, de la nostalgie et la vague idée -tout de même- de jeter un oeil sur ce que réservent les pages suivantes... Des soirées, quelques verres, quelques sorties dans des lieux "conviviaux", peu à peu se met en place une autre époque, une autre strate de la vie de la pédale. Comme les périodes de la préhistoire, nous en avons connues plusieurs : la découverte identitaire, la recherche de l'amour, la première vraie histoire, le premier gros chagrin, la période du recul (avant celle du retrait), d'autres histoires, dans lesquelles nous avons été peut-être plus prudents, et en ce moment, une attente saine, sereine, attentive, où plus rien n'est sûr mais où, dans le même temps rien n'est décevant. Oui, c'est vrai, nous devenons un peu comme tous ces mecs, ceux qui me terrifiaient il y a 10 ans. On prend des verres au Duplex, on fait de commentaires très classes sur des mecs inaccessibles, quitte à être un tantinet mauvaises filles, on rentre chez soi, parfois en traînant un peu sur internet, parfois en faisant un petit détour...
Certains lecteurs trouveront cela pathétique, et pourtant, il n'en est rien. Se crée avec le temps d'autres relations, fortes c'est un fait, puissantes et constructives c'en est un autre, qui valent autant que la relation amoureuse. L'une ne remplace pas l'autre, mais, comme les deux engrenages d'une horloge, elles commencent à s'articuler. S'établit au contraire, avec le temps et la maturité, la découverte de soi par le contact amical, de ses potes, de ces gens qui, peu à peu, prennent dans notre univers une place fondamentale et qu'on espère indéracinable.
Ces groupes de potes que nous voyons sans arrêt en traînant dans le Marais, et qui parfois nous agacent, rendent à l'humain son caractère social, l'extirpent de chez lui ; nos relations, nos amis, nos collègues parfois aussi, agissent en nous exactement comme agirait un homme qu'on aime : compromis, projets, avis plus ou moins partagés ; les deux relations ne sont finalement pas si différentes, et se fâcher avec un ami est aussi difficile à vivre qu'une rupture sentimentale, si toutefois cette amitié est sincère. Je n'exagère pas, je crois.
J'ai eu envie de rédiger ce billet pour les plus jeunes d'entre vous, vous qui pensez peut-être que la vie amoureuse et la vie amicale appartiennent à deux univers différents (je pensais un peu ça il y a quelques années, on généralise avec ce qu'on peut). Certes, les enjeux divergent, mais ce que nous sommes avec l'un, nous les sommes avec les autres, plus ces deux mondes sont proches, plus, il me semble, nous sommes prêts, ou aptes, à la rencontre. Quand vous rencontrez quelqu'un, ne le cachez pas à vos amis, ne vivez pas dans un monde parallèle, assurez-vous d'être le même en toutes circonstances, moins on n'incarne de personnages variés, mieux c'est pour tomber amoureux. Ne pensons pas que les périodes "sans mecs" sont des périodes sans rien ; le temps, lui passe, et n'est jamais temps perdu celui où l'on est heureux avec des gens qui comptent...
Bon vent !
"Le temps, il épuise mes chances de la découvrir, cette épaule sur laquelle j'espère sans cesse pouvoir un jour reposer ma tête. L'Autre existera-t-il ? il a existé, je l'ai rencontré. Le rencontrerai-je encore ? et jusqu'à quand ? Les nostalgiques du passé prétendent que le premier amour marque pour toujours une vie. Faux. C'est celui que je suis en train de vivre qui marque ma vie. A partir de quelle âge est-il celui qu'on croit devoir être le dernier ? Ma vie, que l'Autre marquera de sa présence, sera de plus en plus courte. Elle rétrécit déjà à toute vapeur."
Jean-Louis Bory, Ma Moitié d'Orange.
Mon vieux Jean-Louis, si je puis me permettre, l'autre existe pour ainsi dire quotidiennement, mille autres changent notre vie, chaque jour... Jetons nos montres et chronomètres à la poubelle...

mardi 4 novembre 2008

Le côté obscur de la force

Depuis quelques temps, une curieuse séparation oppose les homosexuel mâles : les purs et les impurs. Je suis à peine caricatural. Il y a peu, je rencontre un type qui détenait apparemment son lot de bagages à déposer (nous en avons tous, mais dans la rencontre première, mieux vaut laisser planer le mystère avant de transformer votre interlocuteur en Soeur Emmanuelle (RIP)). Ce jeune homme, sensiblement du même âge que le mien, m'explique en vingt minutes son enfance malheureuse, ses problèmes de fric, ses galères d'appart, sa meilleure copine-heureusement-qu'elle-est-là et m'explique doctement qu'il est avant tout en boîte pour s'amuser, parce que les rencontres qu'on y fait ne sont jamais sérieuses, et que de toute façon, les mecs dans le Marais, ils ne pensent qu'à tirer leur coup, et patati et patalère.
Je ne sais pas si c'est l'endroit, où j'étais invité et où je me faisais suer comme un rat mort, mais j'étais plutôt de méchante humeur, et je lui réponds, aussi doctement et aussi agréablement qu'une truie enrhumée: "vous êtes vraiment exaspérants, les mecs, alors pour toi, celui qui veut juste tirer son coup est un impur malfaisant tandis que toi, tu es une belle oie blanche virginale et immaculée, pourfendeur du vice et rédempteur parmi les mortels, te voilant dans l'habit de la vertu et de la pureté." Bon, j'ai dû le dire plus simplement, mais c'était en gros mon sentiment.
Il me regarde, et me dit, non, pas du tout, mais moi j'aime les câlins mais les mecs, maintenant, etc. etc.
Soit. Je reconnais qu'il y a un juste milieu à adopter, trop de cul tue le cul, et parfois, c'est vrai, on aime bien, on préfère même : les petits bisous dans le lit, les enlacements voluptueux, les matins coquins et tendres, enfin, la vie quoi. De même, les mecs qui n'embrassent pas m'exaspèrent, même pendant un bête plan cul, mais ils m'énervent autant que ceux qui viennent au sauna en maillot de bain... C'est sûr, c'est plus glamour que le sling et les pantalons baissés dans une cabine gluante, mais de grâce, acceptons un vague équilibre entre ces deux extrêmes, qui sont, quoi qu'on en dise, légèrement teintés de judéo-christianisme un peu agaçant.
Souvent, on se dit que la relation aura plus de valeur si on attend avant de coucher, comme si notre corps et notre esprit pouvaient se dissocier, ce qui coûte, à mon humble avis, pas mal de sacrifices inutiles, pas mal de résistances vaines, pas mal de temps perdu aussi. Je rappelle simplement que la vie est unique, qu'elle est aussi inexistante et noire que le trou du cul d'un ver de terre quand on a passé l'arme à gauche et que ce n'est pas une répétition générale : on est sur scène directement, et on joue, sans filet.
Loin de moi l'idée d'affirmer qu'il faut se vautrer dans le foutre et la luxure, mais il est clair, certainement, qu'on se torture exagérément l'âme en n'écoutant pas son instinct. Le mec qui ne veut pas baiser ne sort pas, ça nous arrive à tous : on voit des amis, on lit, on prend soin de soi, on se branle, je ne sais pas, mais si on cherche un mec, et ben, on couche, assez vite, l'attente ne suscite qu'exaspération, frustrations et vains questionnements. Parfois, la rencontre amoureuse nous oblige à perturber nos manières de voir le monde, elle nous oblige à changer (comme le célibat, d'ailleurs, si on apprend à bien le vivre, ce blog est là pour ça, pour moi, comme, je l'espère sincèrement, pour vous...), et ces changements vont vite, sans qu'on ne s'y prépare, mais diable, parfois, l'accélération des choses est salutaire ! La petite étincelle qui s'allume au premier regard consume le coeur comme nos parties anatomiques les plus viles, n'en soyons pas dupes, et n'y résistons pas. Coucher n'engage à rien, coucher est respectable, coucher fait du bien aux deux, et à la longue, si la rencontre prend racine, cette activité somme toute assez normale deviendra, je vous le souhaite, quotidienne et en constants progrès. Ne perdons pas de temps, et ne créons pas, nous les pédés, de nouvelles barrières surgissant derrière celles que nos ancêtres ont laborieusement abattues.
Bon vent !

"Regarde en ton miroir, et dis à ton visage
Qu'il n'est que temps qu'il en forme un nouveau
Car si tu n'en ravives le jeune éclat,
Voici trahi le monde...
Mais si tu vis en voulant qu'on t'oublie
Soit, reste seul et meurs. Meurs avec ton image."
William Shakespeare, sonnet 3

dimanche 12 octobre 2008

La lose attire la lose

Pendant la rédaction de "Trouver Un Mec en 10 leçons", on s'était marré en évoquant ces soirées en discothèque où les mecs sortent simplement pour sortir mais s'emmerdent copieusement, et rentrent bredouille. Philippe, mon co-auteur et ex co-blogueur, avait une expression très imagée : "la lose attire la lose" : on sort, on tombe sur un boulet, du coup on déprime, et on a une tête des mauvais jours, et on a envie de rencontrer, et là, le cercle vicieux s'installe, plus on veut rencontrer, plus on tombe sur que dalle, plus on déprime, et la soirée s'éternise, indéfiniment.
Il y a peu, ça m'est arrivé, et le pire, c'est que je ne l'ai pas fait exprès. Je n'étais pas en super forme ce week-end-là, fatigué et d'une humeur automnale (vous savez, ces moments où on ne supporte pas son reflet dans le miroir, où on trouve qu'on vieillit, où on serait mieux au chaud sous sa couette). Un ami devait venir dîner, pas vu depuis un an, 20 heures sonnent, puis 21 heures, puis 22 heures, ma soupe au potiron refroidit, mon omelette aux girolles est restée virtuelle et mes éclairs à la vanille vivotent dans le frigo. Dîner raté, aucune nouvelle de mon hôte. Tout à coup, coup de fil, un vieux copain qui aujourd'hui travaille dans une boîte de nuit, le Tango (une boîte où je m'emmerde prodigieusement à chaque fois que j'y vais, mais je déteste les boîtes en général), il prend quelques nouvelles, je lui raconte ma déconvenue, il me dit, tu n'as qu'à passer, tu prendras un verre et tu dragueras un peu.
Conscient de l'irréalisme absolu et du caractère saugrenu de la dernière proposition, je me force, parce qu'il faut paraît-il se botter le derrière de temps en temps (j'ai lu ça sur un blog qui parle de rencontre amoureuses entre les mecs ;-) ). Je me douche, me fais tout joli (enfin, dans la mesure du possible), mets ma chemise noire qui me donne des airs mystérieux et inaccessibles, enfile un jean slim qui me donne des airs de gros cul, enfin, je m'apprête, avec une petite voix qui me disait quand même : "ce n'est pas une bonne idée, tu n'aimes pas sortir", et moi de lui répondre : "mais je t'emmerde, connasse, si je ne sors pas, je ne rencontrerai personne et je ne veux pas finir mes jours à manger de la soupe aux potiron froide".
J'arrive, je vois mon pote. Putain, ça faisait longtemps que je n'avais pas mis les pieds au Tango : ça pue, les boîtes de nos jours, il n'y a plus de clopes, et ça, ça prend à la gorge. Les pro dansent à deux, je n'ai jamais compris comment ça marchait ce truc-là, une enclume me tombe sur la tête. Je vais rester comme un couillon au bord de la piste tandis que tous ces mecs qui se connaissent dansent des trucs indansables où il faut compter dans sa tête et avoir l'air con quand on marche sur le pied de son partenaire, étant totalement délatéralisé, je n'ai jamais su aligner trois pas dans les danses à deux, aucun sens du rythme, enfin, la cata. Longtemps d'ailleurs, j'en ai nourri un complexe, en me disant que je n'étais pas fait pour la vie à deux, puisque je ne sais pas danser à deux, mais bon, cette petite névrose est me semble-t-il passée... Toujours est-il que je m'emmerde copieusement, et que ça doit se voir sur ma tête. Mon pote me présente un mec, on se connaît de vue, mais je n'ai jamais trop eu envie de lui parler, il traînait avec un groupe avec lequel j'avais autant d'affinités qu'avec la tête de veau vinaigrette. Bref, soirée lose...
Je me barre à 23h, n'y tenant plus. File prendre un verre au Central, deux mecs (maqués), plus le serveur... Purée, ça continue. Puis, en sortant, une idée : si tu allais au bordel, chéri, ça fait 15000 ans... Je jette un oeil sur un gratos, savoir ce qu'il y a dans le coin à part le Dépôt où je n'ai pas envie de traîner, et ils ne proposent que des soirées naturistes, je n'ai rien contre au contraire, mais pas ce soir. C'est comme la piscine, ce n'est pas le fait de nager qui m'ennuie, c'est me déshabiller et attendre des plombes à poil qu'un type m'aborde, en plus, je ne sais pas, mais je flippe de plus en plus à cause des IST, un de mes potes vient de chopper la gale, il paraît au passage qu'il y a une recrudescence en ce moment. Mauvaise idée, je veux rester habillé.
Je me souvenais avoir vu une adresse rue Brantôme, j'y vais et j'attends devant l'entrée, je vois des nanas qui fument dehors, je me dis, cynique : "les temps ont bien changé, la mixité est partout, même au bordel, on n'est plus chez nous nulle part..", je rentre, paie (pas cher au demeurant) et pénètre dans ce que je pensais être un vrai bordel. Là, stupéfaction : c'est une boîte, les mecs sont là juste pour danser, et c'est une soirée mixte, hétéros, filles, tout ça, qui s'ébrouent sur du Raï. Je file, dépité, voir les cabines : toutes fermées, personne dedans, et on m'explique que le soir, c'est soirée orientale pas forcément pédé.
La lose, je vous dis. Je rentre chez moi, surfe un peu sur le chat (ben oui, tout ça m'a donné envie de baiser), évidemment, ma photo n'affriole pas, il n'y a que le plan foireux toujours connecté qui me harcèle dès qu'il me voit apparaître. Je regarde rapidement qui est dans mon quartier (c'est commode ce truc-là) et tombe sur un mec assez mignon. Il me répond aussi sec (bon signe) : "tiens, encore toi ?" Zut, je ne l'ai jamais vu, je regarde son profil : purée, le mec du Tango de deux heures avant, bon, il est mignon, mais vue la chance que j'ai ce soir... Tout cela ne loupe pas, il me dit : je vais me coucher, à bientôt. Du coup, j'en ai fait autant.
Cette histoire est éminemment nombriliste et je m'en excuse, mais elle a un sens : il ne faut pas sortir si on n'aime pas ça, encore moins dans les lieux qui nous ennuient la plupart du temps. J'aurais mieux fait de rester couché. Souvent, on entend : il faut sortir, sinon, personne ne frappera à ta porte. je répondrais : il faut surtout être soi-même, s'engoncer dans un milieu qui ne nous correspond pas nous rend exactement comme le poisson mis en haut d'un prunier, il y est un tantinet mal à l'aise. C'était un peu pour vous rappeler toutes ces évidences que j'ai écrit ma petite fable...
Bon vent !
"Combien de temps m'affligerai-je de ce que j'ai fait ou n'ai pas fait,
Et du souci de mener ma vie d'un coeur léger, ou non ?
Remplis la coupe, car j'ignore si j'exhalerai ce souffle que j'aspire."
Omar Khayyam, Ruba'iyat CXXXVI

samedi 11 octobre 2008

La vie est un roman

Norman Mailer, dans Un Château en Forêt, oppose deux mondes : celui des démons et des Cudgels, qui sont de vagues anges gardiens chargés de surveiller nos vies et nous apporter des satisfactions dans l'existence. Dans ce roman assez foutraque, Mailer raconte la naissance et l'enfance d'Adolf Hitler en envisageant le funeste destin de ce sombre personnage comme étant la résultante d'un grand plan démoniaque où les démons auraient fini par prendre l'ascendant sur le petit chancelier impuissant. C'est un livre assez remarquable et à sa lecture, je m'étais mis à rêver à l'existence de ces petits êtres qui nous aident et nous protègent, en nous lançant, parfois, quelques signes et quelques indices qui ont la faculté de rendre notre vie meilleure et plus positive.
Dans les romans bien écrits, par exemple chez Proust ou chez Flaubert, tout fait sens, les décors et les personnages. Quelques éléments de la description, du héros, du narrateur, de son environnement sont mis en place pour indiquer au lecteur un certain nombre de pistes sur le destin auquel il assiste. Par exemple, dans la Recherche, citons une entrevue entre le narrateur et Saint Loup, une espèce de fieffé petit snobinard et hypocrite que le premier ne cesse d'encenser et d'admirer. Le narrateur est là, à décrire Saint Loup, sa beauté, son héroïsme, sa petite gloire, mais Proust, tandis que nous, lecteur, nous laisserions prendre au jeu par ce discours, place dans la pièce où la rencontre a lieu une toile : les sept péchés et les sept vertus, qui nous indiquent que le personnage est double, qu'il n'est pas si vertueux qu'on pourrait le penser. Parlons de la bonne, Françoise, une femme pleine de bon sens, mais qui peut aussi être très cruelle, par exemple en assommant les anguilles. Proust distille des petits indices, des petites touches dans le décor, dans le style, qui indiquent que les héros cachent quelque chose. De microévénements romanesques viennent prévenir de l'avenir, existent pour orienter l'histoire et dire au lecteur de se méfier des apparences, toujours trompeuses.

Dans la vie, la nôtre, existent aussi, je pense, de petits événements en apparence anodins qui laissent planer quelques hypothèses sur notre destin, des détails, quelques mots, qui indiquent que les choses évoluent, changent. Encore faut-il les voir, c'est, me disait un copain, la différence entre les gens chanceux et ceux qui ne le sont pas. Il n'y a pas de chance, pas de baraka, mais simplement, chaque jour, certaines personnes sont plus susceptibles de saisir un détail, une opportunité et de la développer.

Pour tout un tas de raisons, je suis exténué en ce moment, vraiment fatigué, entre le boulot, ses réformes à la con, et quelques petits soucis familiaux, je passe le plus clair de mon temps entre mon taf, mon lit, un peu de lecture et un peu d'internet, sans doute un peu trop, mais bon. De la fatigue naît la vulnérabilité, et hier, en sortant de la piscine, je me sèche les cheveux et je vois ma tronche. Là, une prise de conscience : on ne peut être et avoir été, ça se tire, le visage change, enfin, bref, ma tronche ne me revenait pas du tout. Je vais à une soirée après, un peu morose tout de même, et épuisé. Je quitte à 23 heures, non sans excuses, parce que je ne tenais plus, et que je n'avais pas un moral flamboyant. La tristesse engendre la mélancolie, les gens discutaient peu avec moi, je n'avais pas grand chose à penser des cours de la bourse et des subprimes (m'en branle en fait) et les quelques mecs qui me plaisaient étaient déjà maqués. Gros dodo réparateur, un coup de salle de bain, myself à nouveau dans le miroir, pas en meilleure forme qu'hier. Je passe au marché et là, un regard. Ce mec faisait la queue et achetait des bananes, il m'a longuement regardé, moi aussi. Brusquement se sont envolés ces petites extravagances mégalomaniaques qui m'avaient envahi toute la fin de cette semaine. Il paie, on se regarde à nouveau, il se retourne et va disparaître rue de Meaux, non sans avoir vérifié que j'avais été témoin de cette disparition.

Je vois dans ce mec et ses bananes un petit signe, une petit clin d'oeil, une minuscule incise dans l'univers tourmenté de mes obsessions qui m'indiquait : "tu arrêtes de déconner chéri, et tu regardes le Soleil briller..." Bizarrement, dans ce regard et ces quelques secondes, j'y ai vu la marque des Cudgels de Norman Mailer...
Bon vent !

"A trente-cinq ans, il était encore beau. Cet "encore" tenait au fait qu'il avait été d'une rare beauté à vingt ans, beauté dont il n'avait jamais eu conscience d'ailleurs mais dont il s'était joyeusement servi et qui avait indistinctement fait envie longtemps aux femmes comme aux hommes (...). Quinze ans plus tard, il était plus maigre, plus mâle, mais avec quelque chose encore dans sa démarche, ses gestes, de l'adolescent triomphant qu'il avait été. Et Jean, qui l'avait follement aimé, en ce temps-là, sans le lui dire et sans d'ailleurs se le dire à lui-même, eut un petit choc au coeur en le voyant entrer (...). Gilles avait été si longtemps pour lui le symbole du bonheur, de l'insouciance, qu'il répugnait à lui parler, comme on répugne à s'attaquer à une image. Et si l'image s'effritait..."

Françoise Sagan. Un Peu de Soleil dans l'Eau Froide.

mercredi 8 octobre 2008

Saisons chaudes, saisons froides

Quand on parle d'amour, on passe le plus clair de son temps à abattre des lieux communs : "ça arrivera quand tu ne t'y attendras pas", "chaque pot a son couvercle", "bite n'a point d'oeil, cul n'a pas d'oreilles", j'en passe et des meilleurs. Il en est un qui semble résister, parce qu'incroyablement vrai sans doute : "si tu n'es pas bien dans ta tête, tu ne vas attirer personne". Au départ, cette phrase avait le don de me faire déclencher l'arme atomique : on a le droit de déprimer, bordel de Dieu ! A croire que les seuls mecs qui en rencontrent d'autres sont des créatures guillerettes, dénuées du moindre souci matériel, professionnel et familial et que c'est à ces winners que serait réservées les délices de la rencontre et de l'amour. Nous tous, avons nos inquiétudes, nos névroses, nos défauts, nos incapacités, nos énervements, c'est même ce qui rend humain. Dans le même temps, sortir avec un mec dépressif, à moins d'être Mère Thérésa, c'est assez compliqué. Je ne compte pas le nombre de mes potes qui se farcissent des boulets mal dans leurs baskets, qui picolent trop, qui doutent d'eux-mêmes ou de leur couple et qui s'attachent viscéralement à leur partenaire, de peur de se retrouver seuls. Tout cela existe, mais je réclame un droit inconditionnel à la déprime et à la morosité, et cela n'a aucune espèce de relations avec nos capacités érectiles et sentimentales (généralement étroitement liées chez la gent masculine).
L'automne, les frimats, les dimanches soirs sont rarement des moments où ça gazouille joyeusement dans les chaumières. On est souvent plus tristounet, il y a un côté bilan, fin d'année oblige, on fait le point sur tout un tas de choses et ces moments sont nécessaires, ils permettent de remettre certains épisodes de notre vie à plat, ils agissent comme une forme d'hibernation sentimentale qui augure des jours meilleurs. Il est bon de s'y laisser emporter, pour mieux envisager sa vie lorsque les beaux jours reviennent. En hiver, on est forcément moins sexy, emberlificotés dans des écharpes et des doudounes, épuisés par un changement d'heure et une nuit qui tombe à 15 heures, frigorifié par une météo aussi avenante qu'un congrès de lesbiennes gauchistes franc-comtoises, et bizarrement, je ne sais pas vous, mais moi c'est clair, on a moins envie de sortir.
Les copains, le thé à la cannelle, le minou qui ronronne, le chauffage, tout cela crée une ambiance confortable qu'on ne risquerait pour rien au monde de sacrifier parce qu'un mec qui vit dans le 15ème nous a alpagué sur Rezog et que, bon Dieu, c'est pas possible d'être aussi sexy et de vivre quand même dans le 15ème... Là, je m'interroge... Faut-il y aller ? Oui, certainement, parce que se promener dans Paris en plein hiver avec son amoureux, c'est beau comme du Anna Karénine. Quand je regarde, j'ai rencontré tous mes mecs en hiver : septembre, octobre et février, bizarrement, jamais l'été, mais n'en faisons pas une généralité, sinon, ce blog n'aurait plus de raison d'être. L'hiver, on est certes un peu déprimé, et justement, on rencontre un peu la même chose, à croire que cette saison révèle ce que nous sommes plus intimement, fait tomber les masques, nous oblige à arrêter de jouer la comédie. Nous avons tous besoin d'affection et d'amour, c'est normal (même si chez certain, c'est grave péché que de l'affirmer haut et fort), et, pendant les saisons froides, ce besoin d'affection est moins masqué, l'optimisme de façade a moins sa place ; l'hiver, nous serions à mon avis un tantinet plus authentiques. Quelques chercheurs ont même remarqué que l'activité sexuelle suivait cette courbe descendante, ce qui prime en cette saison, ce serait donc plutôt la recherche de réconfort, c'est le souci de réchauffer et de se réchauffer ; ne négligeons pas les saisons.
Au Louvre se trouve une statue de Pierre Legros, dont j'ignorais l'existence, "allégorie de l'hiver". On y voit un homme pelotonné dans une ample houppelande, méditant et regardant son passé, un homme âgé, qui, à la manière d'un saint Jérôme, regarde avec douceur ce qui l'a précédé. J'aime cette image, elle montre que les moments de spleen, de doute, sont essentiels et qu'ils autorisent un petit retour sur soi. Le froid, la glace, la neige, sont des conservateurs, mais comme un matelas isolant, ils protègent les germes qui attendent tranquillement des jours meilleurs pour apparaître, à nouveau...

Bon vent !

"Elle me dit un peu bas : "J'avais peur que vous n'ayez froid, mon frère était couché, je suis revenue." Je m'approchai d'elle ; je frissonnais, elle me prit sous son manteau et pour en retenir le pan, passa sa main autour de mon cou. Nous fîmes quelques pas sous les arbres, dans l'obscurité profonde. Quelque chose brilla devant nous, je n'eus pas le temps de reculer et fis un écart, croyant que nous butions contre un tronc, mais l'obstacle se déroba sous nos pieds, nous avions marché dans la lune."
Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours.

mercredi 24 septembre 2008

soli, soli, soli

Un petit jeu de mot latin en guise d'introduction à ce billet : "étant seul, sur le sol, sous le Soleil".
C'est de la solitude qu'il va donc être ici question. Après tout, si on cherche un mec, c'est, d'une manière ou d'une autre, pour y renoncer partiellement. La solitude n'est pas l'envers du couple, on est et reste seul, même à deux, que ce soit dans ses projets, ses envies, ses besoins, parfois ses fantasmes. Il existe deux solitudes, la bonne et la mauvaise, comme le cholestérol. La bonne solitude, c'est celle de l'introspection, une certaine forme méditative de recueillement, ce moment de calme qui devrait nous être autorisé à tous et qui nous reconstruit, ce que certains psychologues nomment la douche mentale. C'est seul qu'on grandit, qu'on existe, qu'on se projette dans le futur. Cet état de solitude n'est pas donné à tous, il faut un certain degré de maturité, une confiance en soi qui tienne à peu près debout, pour parvenir à le dompter, à le maîtriser et à s'en servir. Dans nos villes, dans nos rythmes, ces moments d'érémitisme, où on vit à sa façon, à sa vitesse (ou à sa lenteur) sont difficiles à trouver. Ce sont pourtant eux qui nous préparent à rencontrer, c'est en s'aménageant des plages de solitudes choisies, et non subies, en regardant positivement son être (et non son nombril) qu'on se forge, graduellement, une existence, qu'on est à même de mieux se connaître, dans nos envies, nos choix, nos destinées. Au IIIème siècle, de nombreux ermites partaient vivre dans le désert, à l'époque pour des raisons religieuses, ils étaient admirés, adorés, et pourtant ne faisaient rien d'extraordinaire, ils mangeaient, dormaient, menaient une vie simple. Paradoxalement, ils attiraient (see what I mean ??), la solitude en effet engendre aussi le mystère, et le mystère de la personne, c'est ni plus ni moins le ferment de l'amour. Un être sans mystère ne nous attire pas, au contraire, un garçon qui semble éloigné, qui a des absences, qui conduit sa vie de manière apparemment indépendante, nous hypnotise, c'est le regard ténébreux, le beau brun du coin du bar, toutes ces icônes furtives, enveloppées de magie.
Il existe néanmoins une mauvaise solitude, l'état esseulé, qui est un véritable ravage amoureux : cette solitude-là est impossible à vivre, nous empêche de rentrer tôt chez nous, nous fait veiller avec d'autres, nous évite de nous regarder être et faire, ravageant nos emplois du temps, nos soirées, nos lectures, nos moments simples qui ne devraient appartenir qu'à nous-mêmes. Etre esseulé, c'est être blessé. Le garçon seul, de ce point de vue, celui qui vient de subir une rupture, celui qui ne tient pas en place chez lui, celui qui attend que le téléphone sonne, doit cicatriser, car il ne rencontrera que des gens comme lui ; même si, partiellement, ces deux-là combleront leur solitude, ces histoires ne vont durer qu'un temps, car chacun d'entre nous avons besoin de périodes dans nos vies pendant lesquelles il est nécessaire que nous nous connaissions un peu mieux, sans cela, on se trompera dans nos rencontres, on ne se trouvera pas forcément à la hauteur, on ira chercher dans un autre à moitié connu seulement ce que nous avons pourtant au fond de nous-même.
La solitude est normale, c'est même lorsque nous sommes à l'aise en restant seul que les rencontres intéressantes se font.
Ce billet avait deux motivations : remonter le moral à certains, et me persuader égoïstement qu'il serait peut-être temps de me remettre à sortir....

"Je veux encore rouler mes hanches, je veux me saoûler de printemps, je veux m'en payer des nuits blanches, à coeur qui bat, à coeur battant, avant que ne vienne l'heure blême, et jusqu'à mon souffle dernier, je veux encore dire "je t'aime", et vouloir mourir d'aimer, elle a dit, ouvre-moi ta porte, je t'avais suivi pas à pas, je sais que tes amours sont mortes, je suis revenue me voilà ! Ils t'ont récité leurs poèmes, des beaux messieurs, des beaux enfants, des faux Rimbaud, tes faux Verlaine, et bien, c'est fini, maintenant." Barbara, bien sûr...

Bon vent ! Barbara

dimanche 3 août 2008

Etre prêt ?

Je me souviens d'un garçon rencontré l'année dernière en plein mois d'août, dans un Paris déserté par les hordes de folles parties s'expatrier à Ibiza ou au bord de la Garonne. Appelons-le Olivier. Il était charmant, il savait masser (tient, un détail à rajouter dans le petit chic en plus...), il était violoniste, avait une culture musicale considérable, une conversation avenante, il avait lu des tas de bouquins passionnants, avait quelques goûts communs avec les miens, il baisait super bien. En somme, tout l'attirail préalable à la rencontre amoureuse ferme, définitive et susceptible d'apporter la joie perpétuelle était (enfin) réuni !
Nous passâmes donc une nuit extraordinaire ; en fait, non, nous passâmes une nuit, ce qui est de nos jours est déjà une performance hors du commun, la plupart des mecs (quand ils acceptent d'embrasser) repartant aussi vite qu'ils sont arrivés. Le lendemain, après un petit déjeuner formidable, on s'est promené au bord du Canal Saint Martin somptueux (il habitait dans ma rue, je vous jure, le hasard...), on a loué des DVD passionnants, mangé des framboises succulentes, il m'a brillamment joué du violon. Enfin, Love, Love, Love Actually !

Et puis, un détail.

Les horloges sentimentales, l'idée qu'on se fait du mec, la détestable attitude que Milton Erickson (je vais abondamment vous en parler de celui-là, c'est le fondateur de l'hypnothérapie) résumait ainsi : "je pense qu'il pense que je pense ceci ou cela...". Mon ex avait une phrase bien à lui dans ces cas-là : "Tu interprètes tout, t'es chiant" (à la fin, c'était juste, t'es chiant, puis, "putain, t'es vraiment chiant !", puis après, plus rien)... En gros, il y avait un chiffonnant détail dans le bel Olivier qui habitait en bas de ma rue et qui jouait du violon : il avait un mec.
Deuxième détail : je venais de rompre (enfin, ça faisait quatre mois), et j'étais par conséquent en phase de deuil affectif insurmontable (enfin, en grave déprime, vous voyez : je me lève, je pense à mon ex, je me couche je pense à mon ex, j'évite sa rue, je vois un livre, je dis, tiens, ça plairait à mon ex, je marche dans une rue, je pense "avec mon ex, on s'est promené là", j'éprouve du plaisir en écoutant les gymnopédies gnossiennes de Satie, enfin, le truc bien gluant et goitreux qui vous colle à la poitrine...).
Je récapitule :
Olivier, le mec parfait --> avait un mec
Jérôme --> En mode pauvre fille dépressive juste bonne à trouver le plaisir dans les glaces au kiwi et pépites de caramel au beurre salé, assaisonné de sexe débridé, et aléatoirement de branlettes matinales.

Comme je ne suis pas du genre insouciant, tranquille et que je me pose 567866557 questions à la minute, j'ai évidemment échafaudé un scénario crédible et définitif, forcément le bon puisque c'était mon cerveau qui en avait la paternité :

  • Il cherche à se séparer de son ex, donc se prouve qu'il peut encore séduire en rencontrant des mecs, donc, ça sera une passade, en plus, dans 98% des cas, ce genre de mecs se remet avec son ex, parce que c'est l'homme de leur vie, patati patalère.

Et puis, puisque j'étais très doué pour les autres, j'ai aussi scénarisé pour moi :

  • Tu es en deuil chéri, il faut donc que tu souffres, si possible atrocement, et là, quatre mois, ce n'est pas assez atroce. Tu t'es fait larguer, je te rappelle, tu dois donc expier tes péchés mortels, tu ne mérites sans doute pas de vivre avec un mec, d'ailleurs le dernier en date a eu raison de se barrer, il a découvert que tu n'étais que fiente et erreur, c'est tout juste si tu mérites de vivre, d'ailleurs, ta vie de célibataire misérable et dénué du moindre intérêt s'achèvera dans les flammes de l'enfer éternel, toi, piteuse et misérable créature incapable de rester en couple alors que tu avais trouvé le bon pour la troisième fois. Tu finiras dans la honte et de la solitude, grasse et molle à déguster des gambas grillées au Cap Ferret.

Il y a un an, j'étais un peu idiote...

Toujours est-il que je ne rappelle jamais Olivier, lui non plus, ce qui prouve que j'avais donc raison.
Et puis la rentrée arrive (oui, je raisonne en année scolaire, mais j'ai des circonstances atténuantes), je rencontre Olivier dans ma rue, avec un sourire à tomber. Il m'embrasse et m'annonce : "j'ai largué mon ex, j'ai rencontré un mec, je suis super amoureux, on s'installe ensemble dans trois mois, je déménage c'est la première fois que ça m'arrive."
Moi (verte et hypocrite) : "c'est super, je suis content pour toi".
Lui (je jure que c'est vrai) : "tu ne m'as jamais rappelé, c'est dommage, si ça se trouve..."
Moi (résigné, avec une soudaine envie de manger du kiwi avec la peau et les poils) : "non, mais tu sais, c'est mieux comme ça, je suis en deuil affectif."

Bon, cette anecdote a son utilité : il faut être prêt pour rencontrer un mec, mais quand il se présente, il faut être la dernière des grues pour ne pas saisir l'opportunité. Deuxième constat : ne jamais penser à la place de l'autre, c'est idiot, c'est évidemment autoritaire, et dans la plupart des cas, voire dans tous les cas, on se trompe. La psychologie donne un nom à cela : l'hypothético-déduction ; en gros, ça signifie qu'on fait entrer l'autre dans un mécanisme préconstruit qui nous rassure. Dans ce scénario, on a forcément raison puisqu'on fait tout pour que chaque événement se produise comme on l'a prévu (ex : je n'ai jamais rappelé Olivier ; si je l'avais fait, mon idée préconçue n'aurait pas été validée)...

Je vous laisse méditer là-dessus ! Bon vent !

"Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être." Blaise Pascal, Pensée 262.

mercredi 23 juillet 2008

Etre et avoir...

Il existe une formule qu'on entend très couramment, que ce soit chez les hétéros comme chez les pédales : "je veux un mec". Accompagné parfois de ses variantes : je cherche l'amour, j'ai un mec, j'attends un mec, il me faut un mec.

J'ai, je veux, il me faut...

C'est sans doute là, dès l'origine, que le bât blesse. En effet, et c'est peut-être un des stigmates de notre époque, il semble qu'aujourd'hui, nous existions par ce que nous avons : on collectionne, on entasse, on empile ; des livres, des objets, des références culturelles, et des histoires d'amour aussi. Regardez notre président de la République : un magnifique spécimen de petit garçon qui veut, qui trépigne, qui désire, qui jouit de posséder. Il n'est que l'émanation sinistre de nos moeurs où l'avoir supplante l'être...
J'ai longtemps désiré avoir un mec et l'un d'entre eux me l'a reproché un jour. "Je ne suis pas ta chose...", m'avait-il dit. Que voulait-il signifier ? Nous entretenions apparemment une relation tranquille, claire, et où chacun semblait pouvoir s'exprimer sereinement, mais il se sentait malgré tout chosifié.
Tout cela m'a longuement interrogé. Je l'aimais, me semblait-il, l'écoutais, pensais à lui, lui téléphonais, on se voyait régulièrement. Alors ? Pourquoi "chosifié"... ? Quand on s'est séparé, je lui ai demandé là où j'avais failli, et il m'a redit : "je ne suis pas ta chose, tu n'as pas failli"
Effectivement : si vous utilisez mal un ordinateur, une voiture, une équerre à vapeur, un fer à repasser, il tombe en panne et vous "lâche" (on dit parfois aussi d'un mec qu'il nous a lâché, intéressant...) ; mais un mec ?? Ce n'est pas un objet, il ne se casse pas (se casser, comme une chose, encore) parce qu'on l'utilise mal, il est. Et vous, vous êtes. Point barre...

Avec le recul, j'ai compris ce qu'il voulait dire, ça m'a pris du temps : étant au centre de mes préoccupations, étant le coeur de mes attentions, étant l'objet de tous mes désirs, j'avais fini par oublier qui il était vraiment. Qu'il était lui aussi un garçon avec ses angoisses, ses envies, ses joies, ses troubles, ses peines, ses désirs. Etant à l'affût du moindre stigmate amoureux, du premier soupçon de je t'aime, j'en oubliais de le lui dire, et de faire attention à lui.
Ce n'était pas le garçon avec lequel je vivais, c'était MON mec, c'est-à-dire une sorte de tamagotchi rigolo et bien monté avec lequel j'allais au cinéma. Il est parti, il a eu raison.
Il ne faut pas chercher à avoir l'amour, il faut être amour. S'écouter et écouter l'autre, se rendre compte qu'il existe et exister. Etre amour, c'est bien plus difficile, cela demande une conscience aigüe de ses limites et de celles du mec qui partage notre vie (je ne dis pas "de son mec", bannissons l'adjectif possessif). Etre amour, c'est vivre normalement, sans soubresaut excessif, c'est écouter, interroger, sourire.
Tout cela est vague, je vais donner un exemple. Votre mec (purée, ces adjectifs possessifs..., appelons-le Arthur) n'est pas un bibelot. Le soir, quand vous lui téléphonez, si vous avez eu une sale journée, il doit le sentir, ce n'est pas interdit. Ne vous interdisez rien, ne vous contenez pas. Le pire, c'est se forcer, par exemple, je ne savais pas dire autre chose à Arthur que "ça va, tu as passé une bonne journée ?" ; c'en était rituel. J'effaçais ainsi deux personnes d'un coup par cette simple phrase : moi, qui m'oubliais, et lui, qui était forcé de répondre oui. Voilà comment le faux s'instille dans la relation.

Quand on veut quelque chose, et bien fatalement, on va avoir peur de le perdre. Alors on ménage, on chouchoute, on fait briller ; bref, on chosifie, on met sur un piédestal, on oublie l'autre, paradoxalement, alors que c'est exactement le contraire qui est recherché....
Je n'ai pas de recette à vous donner, d'ailleurs, je doute qu'elles existent. Soyez attentifs à vous-mêmes, c'est paradoxalement la seule clef, celle qui vous donnera accès à l'autre.

Bon vent !

"Mon âme, quand seras-tu persuadé que tu as tout en toi ?"
Marc Aurèle, pensées pour moi-même.

"Alors quoi ? Tu ne vas pas faire ton possible pour montrer que tout le monde perd son temps à courir après le superflu et que beaucoup d'hommes ont passé leur vie à rechercher les moyens de vivre ? ... Tu me demandes quel mal il y a ? Un mal infini : ils ne vivent pas, ils attendent de vivre. Ils remettent tout à plus tard. Même si nous faisons attention, la vie aurait toujours sur nous une longueur d'avance. Mais, comme nous nous attardons, elle passe comme si elle n'était pas à nous et, si le jour dernier l'achève, elle meurt un peu chaque jour."
Sénèque, lettres à Lucilius, Apprendre à vivre, lettre LII.

samedi 5 juillet 2008

Nos phrases à la con...

Quand on se quitte, on est très originaux.

Florilège des non-dits, de ces petites phrases qui existent pour exprimer l'inexprimable....

Je n'ai rien à te reprocher, mais ça ne marche plus
C'est comme les puzzles, les ronds ne vont pas avec les carrés
Je me suis dit que c'était mieux comme ça
Il n'y a aucun grief, je t'assure
Tu es un mec bien, tu trouveras vite
(La pire) Je ne te méritais pas
(La encore pire) Tu ne me méritais pas
(La très conne) Tu méritais mieux
On a eu des bons moments, quand même
Tu sais, il n'y a pas d'explications à donner
Je n'ai pas à me justifier
Il ne faut pas m'en vouloir, je n'allais pas me forcer
La lassitude a pris le dessus
Mais cette rupture n'enlève rien à la relation
L'important, c'est le chemin qu'on a parcouru ensemble
Tu pourras revoir Martin sans que je te fasse la gueule
Mais toi aussi, tu as déjà quitté un mec, tu dois me comprendre, non ?
On en rira dans quelques années
Je ne regrette rien des années passées ensemble
Si c'était à refaire...

Elles sont marrantes, ces phrases, je les ai toutes entendues ou prononcées, vous sans doute aussi. Elles ne m'ont jamais vraiment consolé, sans doute parce que derrière, il y a cette question du "pourquoi ça ne marche plus ?" qui est littéralement paralysante. Je pense qu'on grandit en amour lorsqu'on ne cherche plus pourquoi ça marche, et pourquoi ça n'a plus marché. Certains y arrivent vite, pour d'autres, il faut un peu plus de temps. Nous avons, chacun, nos horloges sentimentales, qui ne sont pas (et c'est tant mieux) au diapason...
Ces petites phrases, nous ne pouvons pas y échapper, on ne peut faire sans elles, elles nous rendent de fiers services, le pire, c'est qu'elles sont vraiment sincères. Exprimer l'inexprimable, qui en est capable en effet ? Quand ça ne marche plus, ça ne marche plus, le pire, c'est que nous n'y sommes pour rien, ni lui, ni moi. Reste une question : un couple qui se sépare, serait-ce un échec ou un succès ?
Que penser après une rupture ? "J'ai réussi à rester avec Truc" ou "on s'est séparé, c'est encore raté"... M'est avis que ni l'une, ni l'autre des réponses ne conviennent vraiment. L'histoire a eu lieu, a été belle, et puis, s'est terminée. Un bon film, même lorsque la salle s'est éteinte et qu'elle se vide peu à peu, reste un bon film. Ne demeure que le souvenir, qui aura durablement marqué son empreinte.
J'ai souvent plus souffert de mes ruptures non à cause du mec qui s'est barré, mais à cause de la culpabilité de ne pas avoir su le garder, mais cette question n'a aucun sens, le mec fait ce qu'il veut. C'est, graduellement, en conservant notre liberté que les liens auraient dû se resserrer...

"Pourquoi personne ne reconnaît-il ses tares ? Parce qu'on est encore sous leur emprise. Il faut être réveillé pour raconter son rêve, de même que reconnaître ses faiblesses est un signe de santé." Sénèque, lettre à Lucilius, Lettre LIII.

mercredi 18 juin 2008

Le bon mec, le bon moment

Il existe quatre phases après la rupture.
D'abord vous êtes abasourdi. Sans comprendre, avec une seule question en tête : "pourquoi ça ne marche plus ?"
Cette phase peut durer longtemps, elle vaut autant pour le mec qui part que pour celui qui se fait larguer, c'est juste une question de timing. Le mec qui décide d'arrêter se pose les questions avant, l'autre se les posera après. Cette phase peut durer assez longtemps, certains y demeurent éternellement. Il m'arrive de discuter avec ces garçons, que je rencontre souvent dans les bars ou les bordels : "il m'a quitté, je voudrais comprendre pourquoi." Ce "pourquoi ?" là est très paralysant, et très vite, il doit laisser la place à une seconde phase, sans doute la moins agréable : le déni.
Puisqu'on ne comprend pas pourquoi notre couple n'a pas fonctionné, il est parfois tentant de se dire que ce n'est pas possible, que lui, l'autre, celui qu'on aime toujours, forcément, n'a pas compris, ne nous a pas compris. On pense, mais on sait qu'une telle pensée est bien vaine, qu'il y aura un retour en arrière, que tout va rentrer dans l'ordre. C'est souvent durant cette étape qu'on fait des rêves bizarres : on rêve de son ex, on recouche oniriquement avec lui, et on se réveille avec un poignard dans le coeur et des toiles d'araignée dans la tête.
Passé le déni arrive l'agressivité : "ce mec n'était qu'un salaud". Un de mes bons amis me dit souvent : pour se remettre d'une histoire, il ne faut plus le voir. Mes expériences m'ont montré qu'il a raison, sauf que c'est parfois très difficile. J'ai eu trois ruptures indigestes : les deux premières étaient liées à l'éloignement géographique, paradoxalement, c'est ce qui m'a aidé à surmonter, et maintenant, on se voit sans problème. La relation entre deux vieux ex est même souvent une des plus agréables, lorsque l'amour a laissé la place d'abord à l'indifférence, puis à l'amitié. Mais une amitié si particulière, une amitié de connivence, de complicité, de non-dits. Une belle et douce amitié. Lorsqu'on se sent agressif, il faut tenir, et éviter de faire des reproches à celui qui est devenu son ex. C'est parfois très difficile... A la longue, cette phase, la moins glorieuse, permet de se détacher.
Puis arrive la dernière étape : celle du "Comment ?", qui suit donc celle du Pourquoi ? On ne se demande plus pourquoi il m'a laissé, mais comment je vais faire, maintenant, pour redémarrer ma vie. Dans la chanson d'A. Sylvestre du post précédent : cette phase du "comment "correspond au couplet des sandales et de la barrette. Je me débarrasse des impedimenta du passé et j'avance, toujours, ers le haut, forcément.
Pendant la phase du "comment", une petite voix nous dit : "c'est difficile, mais je sens que je vais y arriver". C'est pendant cette phase qu'on ressort, qu'on tient un peu plus à ses projets personnels, qu'on termine ce qu'on a toujours voulu commencer. Cette phase est un cocon, et notre métamorphose s'y opère, de petite larve fragile, nous devenons chrysalide, en attendant de redevenir le magnifique papillon amoureux que nous souhaitons être, et qui demeure bien caché, au fond de nous, en attendant.

Pendant cette dernière phase, qui peut durer quelques mois, on rencontre des mecs. Souvent des mecs bien ; d'ailleurs une remarque générale, j'ai rarement rencontré de mecs "pas bien" : des paumés, des fragiles, des sûrs d'eux, oui, mais tous avaient quelque chose de valable.
Moi, depuis ma rupture, j'ai rencontré au moins quatre mecs avec lesquels il pouvait se passer quelque chose de sérieux. Des types cultivés, intéressants, tendres, sexuellement au top, mais je n'ai pas eu envie de poursuivre. C'était trop tôt, ça ne leur aurait pas rendu service.
Dans le stade amoureux, nous ne sommes pas tous à égalité : certains sont à la première phase, d'autre à la deuxième, d'autres à la troisième, d'autres à la quatrième, et d'autres, enfin, sont redevenus papillons. Il peuvent alors voler et rencontrer d'autres papillons.
Tout est une question de moment. Le moment doit être le bon. Libre à nous de l'accélérer, ou de le ralentir. Si j'ai des projets, une déprime à faire passer, un gros découvert à combler et des économies à faire, je serais sans doute moins disponible que lorsque tout cela sera réglé. Evidemment, tout cela n'empêche pas le coup de foudre, mais dans ce cas, je dois être honnête avec le mec que je rencontre : "écoute, là, je ne peux pas sortir, j'ai du travail, il faut que je sois un peu seul, etc."
Je pense, mais je me trompe peut-être, qu'il y a un bon moment pour rencontrer son mec, en revanche, des mecs valables, le "bon mec", desquels nous pourrions être amoureux, il y en a tout le temps. Là encore, ce n'est pas une question de destin, c'est une question de "où en sommes-nous, nous-mêmes ?"
Très souvent, donc, je ne rappelle pas, parce que je sais que ce n'est pas encore prêt. J'espère que Bruno, Olivier, Fabien ou Stéphane, ces amours passagères, qui, à un autre moment, auraient pu être à la source de belles histoires, me comprendront un peu...

Bon vent !

mardi 10 juin 2008

Pour toi, Jmec25a19ème...

J'avais prévu de vous parler d'autre chose.
Je souhaitais, à l'image de la météo, un post léger, calme, primesautier, gazouillant et rigolo sur nos complexes et la façon dont ces milliards de petites saloperies nous bloquent et nous empêchent d'avancer. Vous savez, ces bêtises qu'on s'est fourrées dans le crâne. Ces petites marionnettes immondes qui nous retiennent lorsqu'il serait naturel que nous abordions le mec qui nous fait envie. Ces petites voix débiles qui nous sussurent : non, pas moi, je suis trop moche, je ne suis pas assez ci, trop ça, et puis je suis trop bête pour lui, et puis je n'ouvre pas assez ma gueule, je ne le mérite pas, je ne suis pas assez bien...
Tous ces petits complexes, issus de notre enfance ou de notre adolescence. Le complexe de celui qui avait peur du noir, de celui qui était nul au interclasses de hand, du dernier choisi dans les équipes. Tous ces complexes qui nous rendent mutiques pendant les dîners en ville et que nous devons apprendre, avec le temps et l'expérience, à désapprendre. Toutes ces petites expériences qu'on pense faire partie de nous et qui ne sont que des parasites, nous empêchant d'être confiants en nous-mêmes et en notre idée de former un couple.
On lutte contre ces petits morpions de l'esprit, mais comme leurs congénères à huit pattes qui grattent beaucoup, ils reviennent quand on ne s'y attend pas. On fait du sport pour paraître plus musclé, on sort plus souvent pour avoir l'air moins renfermé sur nous-mêmes, on lit, se cultive, pour ne pas paraître trop gourde avec notre mec. Lui, qui n'est qu'un mec, doit sans doute en faire de même. Le pire, c'est que ça ne nous empêche pas d'être heureux, une fois qu'on a accepté que tout cela n'était qu'une gigantesque invention qu'on s'est construite tout seul comme une grande fille.

Tous, nous cherchons des systèmes D, tous, par moment, nous nous sentons en-dessous de la moyenne (moyenne par rapport à quoi ? à qui ? on se le demande...). Un de mes amis, incroyablement cultivé (c'est son métier, il est correcteur) est persuadé d'être inculte, un autre, mignon comme tout, se trouve trop moche, ou pense qu'il a trop de bide et n'aborde personne au sauna, moi mon complexe, c'est que j'ai le QI d'une huître depuis que j'ai fini dernier à un tournoi d'échec en cinquième, et vous ?
On cherche, on se lamente, mais on y croit malgré tout, n'étant finalement pas si dupe du gigantesque théâtre que nous nous sommes patiemment forgés. Et puis un beau jour, on se dit : je suis moyennement beau, moyennement jeune, moyennement cultivé, moyennement intelligent, mais je suis incroyablement amoureux. Et tout cela, ça s'efface, et tant mieux parce que si on n'y prend garde, ça peut vous bousiller un couple en moins de deux.

Je voulais vous parler de tout cela en étant drôle, en citant Milton Erikson, qui a beaucoup travaillé sur les petites phrases de sagesse qui nous aident à reprendre confiance en nous, en examinant les doutes de grands hommes, de mecs magnifiques, réputés inébranlables et qui pourtant sont aussi fragiles que nous tous. Je vous faire tout cela, mais ce sera pour une autre fois.

Ce soir, en effet, j'ai fait du réseau téléphonique, et je suis tombé sur ce pseudo : "bomec de 25 ans, plombé depuis deux mois, cherche plan jus no Kpote maintenant".
Toi, bomec de 25 ans, tu étais capable d'aimer et d'être aimé, tu l'es encore, et tu le seras toujours, mais tu en as sans doute eu marre d'attendre, marre d'être triste, marre d'être seul. Tu penses avoir trouvé le moyen idéal pour ne plus être contraint de te retenir, d'attendre, te restreindre, de questionner (ce que nous faisons tous en nous protégeant, et en gardant une vigilance saine, un regard extérieur serein sur l'autre).
Tu as choisi de pénétrer dans un autre monde, où chaque mec baisera sans questions, juste pour le plaisir, avec joie et sympathie, avec des fantasmes illimités, où et quand tu le souhaites. Le Barebake, c'est au sexe de que MCM est à la télévision : 24h sur 24, vite vu, vite digéré, vite contenté, mais vite obligé d'y retourner.
Le pire, c'est que je sais que ça va marcher pour toi : tu vas te taper une floppée de mecs, et dans le lot, tu en contamineras peut-être à ton tour, c'est un jeu, dans lequel tu triomphes.
Un jeu où on se sent au-dessus des autres, un jeu où on n'a plus peur de rien, un jeu où les complexes, ces petites blessures de l'âme, n'existent plus.
Jmec de 25 ans, quelque part dans le 19ème, je souhaite que tu tombes amoureux, que tu aimes un type qui t'aimera à son tour plus que tout au monde, que tu aimes ses forces et ses faiblesses comme il aimera les tiennes, je souhaite que tu ne sois pas trop malheureux. Ce post est pour toi, et pour tous ceux qui n'ont pas vécu assez longtemps pour trouver l'amour, parce que sans doute, un jour, ils ont été las de ne pas se croire à la hauteur...

Ce post est également dédié à Pascal, Didier, Stéphane, et tous ceux qui se battent contre le SIDA depuis de trop nombreuses années et qui n'ont plus le luxe d'avoir des complexes...

Louise Hogarth

mardi 27 mai 2008

Ereintons les chats avec bonheur...

Il y a peu, dans un de ces repères de trentenaires assoiffés dans lequel je me suis réfugié en attendant des jours meilleurs (le Duplex, pour le pas le nommer), un mien ami, redoutablement cultivé et effroyablement intelligent, une de ces sagesses légendaires de bistrot comme seules savent les façonner amoureusement les heures passées à refaire, défaire et embellir le monde d'idées jaillissantes et foisonnantes en compagnie de Saint Houblon, du Chanoine Kir et des hectolitres de lucidité qui en découlent ; un mien ami, donc, m'argumentait avec sa chatoyante vivacité d'esprit à côté de laquelle une satire de Boileau s'apparenterait à une petite annonce dans le Particulier, que la drague sur internet avait révolutionné les relations entre les pédales, que c'était quand même beaucoup mieux, mais il est tant que je finisse ma phrase.

Ses arguments étaient très clairs. Face aux vieux cons que nous étions, nous qui critiquions sans vergogne ce moyen de drague somme toute assez commode depuis que les années, les amours passées et les balafres qui s'y sont lentement mais sûrement adjointes ont fait nous de gigantesques feignasses, ce mien ami argumentait très doctement : il n'y a pas une drague universelle, mais la séduction et les rapports amoureux évoluent avec le temps et l'époque. De nos jours, on est dans la civilisation du zapping, de l'apparence et du cocooning, il est donc normal que soit privilégiées des techniques de drague apparentées à notre mode de vie. Les jeunes, aujourd'hui (les très jeunes, qui sont nés quand Yannick Noah était chanteur), ont grandi là-dedans, il est normal que tout cela se développe, ainsi soit-il.

(Je précise que je n'accorde aucune espèce d'attention ou de respect à l'argument à mes humbles yeux le plus con qui soit : "c'est moderne, donc c'est génial, et il faut vivre avec son temps, youpitralalère").

Puisque mon ami est péremptoire et intelligent, il a certainement raison. En général, quand je ne suis pas d'accord, surtout au bistrot, je ferme ma gueule et j'écoute, parce que les arguments ne sont que très rarement pris en compte, que mes mots avec le sens que je mets dedans n'ont pas forcément la même signification dans les synapses passablement alcoolisés de mes interlocuteurs, et qu'en général, force est de constater que la discussion n'en vaut pas la peine, puisque tout le monde est bourré.

Bon, je ne vais pas faire l'antienne anti-chat, depuis une petite année, je m'y suis mis. Je n'ai pas rencontré l'amour (alors qu'on a le droit de cocher la case amour dans certains sites), et très rarement de vrais plans culs (mais je ne bouge pas, je reçois uniquement, donc, je ne me plains pas). Je déplore juste la fin, ferme et définitive à mon avis, de la bonne vieille drague.

La bonne vieille drague, celle du coin du bar.

Ce type, qu'on repère, qu'on matte, qu'on n'ose aborder. Ce mec, beau, charmant, pétri de qualités, dont on ne remarque pas les regards portés vers nous depuis quelques minutes. Ce délicieux moment, où les regards, comme deux aimants, se repoussent, s'esquivent et puis touchent, enfin. Cette lente et douce alchimie : quelques oeillades plus prononcées, puis un regard évité, l'esquisse d'un sourire, des postures nouvelles choisies. On se jette sur le premier gratuit venu, on feuillette son agenda, on joue avec son portable ; si on parle avec des amis, on devient posé, calme, attentif. On se donne des airs de bons garçons sérieux parce qu'on sait que lui, là, au bout du bar, nous regarde. On imagine qui il est, ce qu'il est, ce qu'il aime, s'il aime le même parfum que nous, s'il aime lui aussi marcher dans Paris, quelle musique il apprécie. On le voit, on imagine, et on rêve...

Tout cela, c'est grâce à elle : la bonne vieille drague au coin du bar.

Et puis on ose, on propose un verre, à notre grande surprise, il dit oui, on discute, fait connaissance, parle de choses et d'autres, en général, ça ne va pas bien loin : ton boulot, ta vie à Paris, ton quartier, tu es célibataire ? et depuis quand ? (important, ça). Et puis il offre un autre verre, au départ, on refuse, gêné, et puis on dit oui, et on reparle, et on ne sait plus de quoi on parle, mais ce qu'on sait, c'est que cette conversation durera, et sans doute, au coin de notre esprit, un petit ange de bonheur nous autorise à espérer que cette conversation dont on ne se souviendra plus, on se la rappellera longtemps. Et puis, on se quitte, on se donne un numéro, ou on rentre ensemble, on baise, et après...

La bonne vieille drague, celle du coin du bar. Elle n'est pas forcément glamour, elle n'est pas In, elle n'est pas pleine de clics et de cloques, de profils et de TTBM, de tu bges ou tu rec, de BM ? act/pass ? Cette bonne vieille drague, au coin du bar : elle autorise la découverte d'un autre, elle autorise un peu d'humanité, elle nous permet de nous parler, de voir au-delà d'une photo, d'un physique, elle nous permet de nous rendre compte qu'un mec, c'est un tout, un individu dans sa totalité, et que celui dont on n'ose s'avouer qu'on est peut-être, au cours de ce deuxième verre, en train de tomber amoureux, c'est une personne, un corps, un esprit, une histoire, une vie, une autre vie. Un alter ego.

Je n'avais pas assez de force ni une assez grande gueule pour dire tout ça à ce mien ami, très intelligent, forcément plus que moi, puisqu'il parle bien et mieux et qu'on l'écoute, mais vous, je suis sûr que vous me comprendrez...

Bon vent !

PS : évidemment, quand on a envie de baiser, les chats, c'est très bien. On en recausera...

samedi 17 mai 2008

Ces si douces transitions...

Bon, j'avais prévu de vous causer de la théorie de la carte amoureuse de John Gottman et de son étude sur les couples qui marchent, mais ce sera pour une autre fois.

Mon ex, qui lit ce blog (nul n'est parfait, logique, c'est mon ex), m'a commenté : c'est long, c'est chiant, on ne comprend rien, et puis d'abord un blog, ça se doit d'être court et distrayant. Alors tu fais comme tout le monde, tu racontes ta vie et t'arrêtes de barber la terre entière qui ne te lit pas avec Platon, Pascal et Lao Tzeu...

Il a forcément raison, c'est mon ex.

Justement, ça tombe bien, il m'est arrivé un truc. Genre un truc qu'on raconte dans un blog : ultra personnel, nombriliste à souhait, et avec un message subliminal destiné à la communauté des pédés qui lit ces brillantes pages venant éclairer le commun des mortels sur la conquête amoureuse en milieu hostile...

Tout a commencé il y a un mois, chez un vieux pote, un dimanche après-midi. On faisait un jeu de rôles, un truc hyper stratégique avec sept pédales, toutes trentenaires bien mûres, bien cyniques comme il faut être passé 35 (oué, les mecs qui cherchent le couple, ils n'ont rien compris, ça vient quand ça arrive et que ça doit venir, gna gna gna gna gna gna, enfin, vous voyez, quoi....)

NB1 : je m'inclus dans le lot.

Là, une créature, 35 ans, appelons-la Laurent. Pas mal, sans plus. On se parle à peine. Il avait l'Angleterre, moi l'Italie, on a perdu tous les deux

NB2 : C'était un jeu avec des pays qui se font la guerre.

Un mois plus tard, une soirée au Duplex : bar parisien connu pour ses célibataires post-trentenaires cyniques et désabusés qui passent le temps à parler de leur vie formidable depuis qu'ils sont seuls, de leurs plans à trois, de leurs amours passées et du mec qui est en train de les mater. De temps en temps, ils lisent Romain Gary à la place de Sensitif...

NB3 : j'en suis.

Dans la foule, devant mon quatrième kir, Laurent, again. Sourires, deux verres et deux numéros de portable échangés.

Il est déprimé, il vient de larguer son mec.

NB4 : je suis éberlué rien qu'à l'idée de penser qu'un type qui vient de larguer son mec puisse être déprimé. Moi, je me suis surtout fait larguer faut dire (pov'fille powaaa inside). Un mec qui largue, pour moi, il est fort, évidemment, il a du caractère, nécessairement, ce n'est pas une créature émotive et fragile, il en a vu d'autres, crénom... Enfin, ça m'intéresse, j'écoute, rassure, tout ça...

On papote, donc. Des hommes, des relations, de la vie d'un pédé trentenaire parisien qu'en a vu d'autres et qu'on va pas la lui faire, non mais oh quand même. Et on reprend deux verres.

On se raccompagne, il habite Belleville, moi aussi. On longe le canal, on se raconte nos plans, nos ex -c'est dingue comme le canal réveille à la fois frénésie sexuelle et nostalgie- On se quitte rue de la Grange aux belles.

Hier texto. Laurent : un vernissage, dans le quartier, ça te tente ?

NB5 : oui, ça me tente. Je précise que rien, strictement rien de concupiscent dans cette opinage du bonnet n'est à déceler à ce stade du récit.

Expo, retrouvailles de vieux potes, dont un ex. Présentations : voici Laurent... Sourires en coin des vieux potes et de l'ex, je ne relève pas, les pédales, toutes les mêmes. Moi et Laurent : discussions sérieuses autour des tableaux.

La soirée se termine.

Laurent : je prends un dernier verre à côté, je me lève tôt demain.

Moi : je t'accompagne, juste un verre, je travaille demain.

Ok donc pour le pot : dans le quartier, même pas dans le Marais, je n'en reviens pas...

NB6 : Sortir plus souvent dans mon quartier, je découvre qu'il y a trois bars pédés, dire que ça fait six ans que j'y suis, je n'avais rien vu...

On est accoudé au comptoir, on discute, politique, vie, mecs, boulots, ex, les mecs, tout ça quoi.

Lui : 4 bières. Moi : 4 kirs.

Arrive une lesbienne saoule qui veut payer, elle se fout entre nous deux, nous dit pardon, nous demande si on est ensemble...

Lui : non, pas encore !

Moi : moi....Euh, moi, rien, je suis gloups youpla je veux me sauver groumff zut prout je sais pas quoi faire là rhoo et puis il vient de casser avec son mec et puis on a picolé et puis je travaille demain et puis je suis en phase de deuil, et puis bof les coups d'un soir, et puis ça donnera rien, et puis c'est dommage, j'avais envie qu'on reste potes, et puis, et puis, et puis...

La lesbienne paie, nous embrasse et se tire.

Nous : re-politique, re-ex, re-mecs, re-la vie, tout ça quoi, mais de temps en temps, une main sur le bras, pour appuyer le propos. Sans doute...

On quitte le bar. On passe par sa rue, il me dit, je ne te fais pas visiter, c'est le bordel chez moi. Moi : tu as raison, et puis je travaille demain.

On s'embrasse sur la bouche, sans la langue, mais trois fois.

C'est con, mais ce genre d'épisode, ça prouve plein de trucs :

1-Je peux encore rencontrer des mecs, putain, même après mon ex. Et au hasard encore...

2-C'est sûr, il est en période de deuil affectif, moi aussi, mais même dans ces cas-là, des trucs sympas sont possibles...

3-Evidemment, aucun des deux ne va oser appeler l'autre.

4-Heureusement, dans trois semaines, on refait la seconde manche du jeu chez nos potes.

Conclusion : non ! Ce n'est évidemment pas une histoire qui commence... C'est juste une petite tranche de vie qui montre qu'il faut mieux bénir la petite lumière que de maudire toute l'obscurité...

Bon vent !

PS : Faut quand même que je vous parle de John Gottman, un jour, c'est formidable... En attendant, allez voir l'expo Tom de Pékin, Place du Colonel Fabien, Siège du PCF ;-)

Tom de pékin

dimanche 11 mai 2008

ça t'arrivera au moment où tu ne t'y attendras pas...

Au début de cette année 2008, j'ai acheté un horoscope annuel, le genre de truc de dinde qui vous annonce des nouvelles extraordinaires. Moi, je suis comme vous : la chance au boulot, une promotion, une montée du CAC 40, une entorse à la cheville, l'augmentation du baril de pétrole, je m'en fous un peu. Tout ce qui m'intéresse, c'est : "est-ce que je vais trouver un mari cette année, oui ou merde ?" Oué, je suis une pauvre fille, j'assume avec délectation. Midinettes Powaaaaaaaaaaa.....

Bon, et cet horoscope, qu'indique-t-il ? Très simple : le 12 mai 2008, toi, petit poisson ascendant capricorne du 3ème décan, tu pourrais faire une rencontre qui changerait le cours de ton existence amoureuse, quelque chose de stable, auquel tu aspires depuis longtemps... Bon sang ! Et ce soir, 11 mai, c'est le bal des célibataires du Tango, ce truc rigolo où on nous colle une étiquette et où on peut laisser des petits papiers au mec qui nous plaît (c'est comme internet, mais sans électricité, et avec des vrais gens, quoi...). Alors, dans ma tête, le scénario idéal se met en place. Je vais aller au bal des célibataires, je croiserai un mec dont je tomberai amoureux, lui aussi, évidemment, on se filera rencart le 12 qui est férié, et là, youplaboum gazouillis et berlingots : nous frétillerons d'allégresse dans les miracles éternels de l'amour absolu jusqu'à ce que la mort nous sépare... Conjonction de planètes parfaite, y'a plus qu'à... !

Mais c'est sans compter sur une phrase mainte et mainte fois entendue, que nous, pédales célibataires avons des milliers de fois subie. Je cite de mémoire : "ça t'arrivera quand tu ne t'y attendras pas..."

Gasp...

La tuile. Tous les ingrédients du bonheur étaient pourtant réunis : mon horoscope, le bal des célibataires, le jour férié. Je me prépare, tout ça, je me fais un film. Donc c'est que je m'attends à trouver le prince charmant, mais me dit la sagesse populaire, si je m'y attends, c'est que ça ne m'arrivera pas, puisque ça doit arriver quand je ne m'y attends pas. Logique diabolique.... Que faire ? Aussi, plongé dans une détestable procrastination, je décide de m'emparer de la question et de vous précipiter dans les affres de mes réflexions migraineuses.

En réalité, vous vous sentirez plus léger après avoir lu ce post, parce qu'il va dédramatiser la phrase la plus conne de toute l'histoire homosexuelle. Elle va chercher ses sources dans une histoire bien lointaine. Au moins, je n'aurai pas perdu ma soirée, mais vous si peut-être ?

Cette phrase, elle est censée nous remonter le moral et on l'a tous entendue au moins une fois. C'est une sorte de lieu commun, un machin un peu passe-partout destiné à nous rassurer, nous faire patienter, et nous enjoignant aussi à nous botter le derrière.

Tout remonte à l'Empire Romain. Si, si, si... Les Romains, avant le christianisme, considéraient que le destin était tout tracé, intouchable. Il était absolument impossible d'intercéder de quelque manière que ce soit sur le cours de son existence, seuls les Dieux avaient ce pouvoir, et encore, quand ils étaient bien lunés. Le destin, en latin, se traduit par Fatum, qui signifie deux choses : l'oracle et la fatalité. En effet, puisque rien ne pouvait changer, les Latins cherchaient à savoir, à connaître, en consultants sibylle, haruspices, mages et astrologues, en regardant les étoiles, les vols des oiseaux, les insectes, les viscères des animaux... A cette époque, les oracles étaient très régulièrement consultés. C'était la seule façon de pouvoir intervenir, car, je le rappelle, le fatum signifie aussi la fatalité, autrement dit, votre destin était gravé dans le marbre, absolument prédestiné, sans que vous n'eussiez une seule seconde la possibilité d'y apporter la moindre once de changement...

Aussi, quand je suis célibataire et que je me lamente, c'est une vieille crainte du fatum des Romains qui resurgit : c'est comme ça, on n'y changera plus rien, les mecs de toutes façon, c'est des connards, et je finirai seul, comme une pauvre fille, à me lamenter sur les malheurs de la solitude en dégustant des Gambas grillées et en matant les petits jeunes qui ne savent rien de l'avenir sombre qui les attend...

Là-dessus, vers le premier siècle de notre ère arrive le christianisme. Les chrétiens se sont farouchement battus contre cette idée du fatum, en pourchassant superstitions, astrologues et autres devins. C'est logique : l'idée d'un destin gravé dans le marbre ne vous permet pas d'évoluer, or, pour le chrétien, il faut atteindre le salut. Avec le fatum : le païen resterait païen, le mauvais homme ne changerait pas, le pécheur demeurerait dans le péché. Impossible, my dearest sweetheart....

Une notion nouvelle fit donc son apparition, avec des nuances et des controverses (notamment sur le libre arbitre, si ça vous intéresse, je vous en causerai un jour) : la grâce. Pour le chrétien, tout pécheur est susceptible de recevoir la grâce, et pour que cette grâce se fasse jour, et ainsi lui permettre d'accéder au salut, le chrétien doit accomplir des bonnes oeuvres, aider son prochain, bref, se bouger un peu le cul.

Pour résumer :

Le Romain --> Tu as un destin, tu ne peux pas intervenir.

Le Chrétien --> Tu as un destin, mais en te comportant convenablement, tu accèderas au salut (c'est la formule biblique, qui doit être chez Luc : "Aide-toi, le ciel t'aidera").

Revenons au "ça t'arrivera quand tu ne t'y attendras pas..." Cette phrase est un véritable paradoxe, et on n'en sort jamais.

Impossible en effet de quitter cette ornière , les deux termes de cette putain de phrase de merde sont totalement antinomiques : Le destin te dit que ça arrivera à condition que tu ne fasses rien pour que ça arrive. Or, ne rien faire, c'est déjà faire un effort (ne pas y penser), c'est donc attendre une récompense, mais si j'attends une récompense, il ne m'arrivera rien... Dans cette phrase se mêlent le fatum romain (le destin tout tracé) et l'idée chrétienne du salut (faire un effort pour obtenir ce qu'on souhaite)...

Comment sortir de ce syllogisme on ne peut plus occidental ?

La philosophie chinoise n'a pas du tout conceptualisé ces notions de destin et de récompense à condition de se comporter conformément à une satanée règle. Il y a 2500 ans, Lao Tzeu, dans le Tao Tö King, a réfléchi au bonheur et à la clef pour y accéder. Sa règle d'or, et la règle absolu du taoïsme : le non-agir. Selon Lao Tzeu, l'homme doit se rapprocher le plus possible de l'eau, qui subit le cours des vallées, qui se transforme en nuages sous l'effet de la chaleur, en glace sous l'effet du froid, qui vient à bout des flammes, des métaux, des pierres en les transformant en sable. L'eau transforme tout, et arrive toujours à ses fins, pourtant, elle n'agit pas, et malgré tout, elle n'est jamais passive.

Lisez ceci : pensée 38

Celui qui se livre à l'étude augmente chaque jour ses connaissances.

Celui qui se livre au Tao diminue chaque jour ses passions.

Il les diminue et les diminue sans cesse jusqu'à ce qu'il soit arrivé au non-agir.

Dès qu'il pratique le non-agir, il n'y a rien qui lui soit impossible.

C'est toujours par le non-agir que l'on devient le maître de l'empire.

Celui qui aime à agir est incapable de devenir le maître de l'empire.

Ainsi, dans la pensée du Tao, ni destin, ni récompense, mais simplement un recentrage sur soi-même. Ne pas multiplier les activités, les questionnements, mais suivre simplement le cours des choses. Moi, ce soir, par exemple, je me suis mis à réfléchir sur la phrase "ça t'arrivera quand tu ne t'y attendras pas", je le fais, j'avais envie de le partager avec vous, je prends donc deux heures pour taper ce post (long et chiant, oui, je ne sais pas faire autrement..). Il est déjà tard, je ne sortirai donc pas.

Un Romain me dirait : il était écrit que tu ne sortirais pas ; et un autre m'aurait dit : "mais t'es con, ton horoscope disait que tu aurais trouvé l'amour, c'est trop nigaudouille..."

Un Chrétien du 3ème siècle me dirait : si tu étais sorti, tu aurais été récompensé, mais peut-être pas, c'est Dieu qui décide, de toute façon... (Mouef, Dieu est homophobe, donc, il ne m'aurait pas aidé de toute manière).

Dans les deux cas : pas de réponses...

Le Tao, pour sa part, me dit simplement, tu as suivi le cours de ton existence...

Personne n'est là pour me dire si j'ai eu raison de le faire, le tout est de l'avoir fait puisque je l'ai fait. Je ne l'ai pas fait parce que ç'aurait été écrit dans ma destinée (conception romaine du fatum), et je n'avais pas à le faire non plus pour en attendre des conséquences éventuelles (conception chrétienne). Je l'ai fait. C'est tout. Le Romain vit en fonction du passé, le Chrétien ne pense qu'à son avenir, le Tao ne pense pas, il est. La philosophie orientale est sans doute une des plus novatrice parce qu'elle est une des rares à laisser sa place au présent, par définition insaisissable...

Si vous voulez des clarifications, n'hésitez pas à le faire savoir :-)

Bon vent !

Pour en savoir plus : Lao Tzeu, Tao Tö King, Folio, 2 €

L tseu

Sur les notions de destin et de salut, je ne peux pas vraiment vous conseiller de livre qui traite du sujet. Pascal dans ses pensées en parle un peu. je vous conseille de jeter une oreille attentive sur le génial site du Collège de France :

http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/pub_pod/index.htm

(faites un copier-coller, je ne sais pas mettre de liens sur le blog, c'est Philippe qui sait faire ça, moi, je suis une buse en informatique, et je n'aime pas ça...)

Cliquez dans la rubrique podcast puis histoire. Une série de conférences très compréhensibles sur le culte des eaux chez les Romains donne une foultitude d'informations passionnantes sur la conception du destin chez les Romains.

Bon, ça ne vaut pas un bon sling à l'impact, mais la prochaine fois, je parle de cul, c'est promis...

mardi 6 mai 2008

Discours galants

Il y a des mecs qui n'ont pas appris à tourner 7 fois la langue dans leur bouche.
Je ne parle pas de ceux qui ne savent pas embrasser. Ceux-là méritent le poteau d'exécution. Non, il s'agit des autres, ceux qui feraient mieux de la fermer. Parce dès qu'ils ouvrent la bouche, on hésite entre se marrer et s'enfuir en courant. Florilège.

- tu as la place de me loger dans ton appart ? Parce que j'ai une chambre en banlieue, je voudrais habiter plus près de la fac.
- je cherche un mec pour me pacser. Ça t'intéresse ? Je te laisse mon numéro ?
- moi je t'apporte l'amour, comme tu ne l'as jamais vu et comme personne d'autre ne peut te l'offrir. D'ailleurs les autres c'est tous des cons. Quoi, tu ne veux pas ? Finalement tu es comme les autres.
- tu as quel âge ? Parce que tu comprends, je veux un mec de moins de 30 ans.
- je suis raide dingue amoureux de toi - mais je viens juste d'arriver, on n'a pas échangé un mot - je sais, mais c'est comme ça, on va discuter dans une cabine ?
- je suis avec un mec depuis deux ans, on vit ensemble, mais tu es plus mignon que lui. Si tu veux je le quitte. Je te file mon numéro ?
- je n'ai pas envie de travailler, mais si tu as assez d'argent ce n'est pas un problème
- je voudrais sortir avec un mec qui aime le roller

Quand j'étais plus jeune, ce genre de réflexion me désespérait. Aujourd'hui c'est le contraire. Non que je cherche ce genre de plaie. Mais elles m'amusent. J'éprouve même une certaine tendresse envers ces mecs. Je vous rassure, je ne pousse pas le vice jusqu'à me pacser avec le premier venu, ni à héberger tous les profiteurs de la ville. Mais je me demande parfois si leur discours passe. J'aimerais savoir qui est sensible à ces effusions de sentiments, de sincérité et de finesse. Le mec du sauna a-t-il trouvé un logement près de la fac ? Le garçon du Dépôt s'est-il pacsé avec un inconnu ? Le fainéant vit-il aux crochets d'un garçon qu'il a rencontré dans la rue ? Et cet autre, passe-t-il ses week ends à se balader en roller, avec son amoureux ?

samedi 26 avril 2008

Dégoût

Vendredi soir parisien, dans un bar du Marais. Douze garçons au mètre carré, une musique assourdissante, et une volée de fumeurs sur le trottoir. Le tableau classique : les poses sont dignes, les regards en coin fusent, les sourires sont plus rares. On discute, on danse, on rit bruyamment, ou on s'accoude au comptoir, en attendant le bel inconnu. Certains font le choix de la discrétion, d'autres optent pour l'exubérance. Bref, une vague ambiance de basse cour, la musique en plus. Ce jeu en énerve certains, je dois avouer qu'il m'amuse. Vaguement à l'aguet, je sirote tranquillement une bière.
J'ai remarqué quelques garçons, dont un qui me sourit avec insistance. Finalement un blond avec qui avons déjà échangé quelques regards m'aborde. Nous entamons une brève conversation, en anglais. Par je ne sais quel hasard, nos mains se croisent, puis se lient. Par un hasard encore plus grand, nos lèvres viennent à se rencontrer. Pris d'une soudaine envie d'échanger notre point de vue sur l'actualité économique du moment, nous sortons, à la recherche d'un lieu plus calme. Ce garçon est australien, il est à Paris pour quelques jours. A ses yeux je dois faire partie du paysage parisien, une spécialité du coin, quelque part entre le soldat inconnu et Le Louvre. Ce n'est pas forcément pour me déplaire ; je joue le jeu en lui déployant la panoplie locale, parisian accent, french kiss, et visite guidée du Marais. Atmosphère, atmosphère. Histoire d'ajouter un peu de romantisme à la scène, je l'entraîne vers la Seine.
Nous nous baladons, main dans la main, et nous nous embrassons au coin d'une petite rue. Un moment que l'on aimerait prolonger à l'infini. J'ouvre alors les yeux, et je croise le regard d'un couple d'hétéros, la trentaine, qui passe par là. L'homme nous pointe du doigt, il parle à sa femme. Mon sang se glace. En quelques secondes, je lis la désapprobation la plus totale dans leur regard. Les deux paires d'yeux me fusillent et me transpercent. Le poids de ce regard m'écrase, j'ai le sentiment de leur inspirer le plus profond dégoût. Un regard de haine, d'incompréhension. J'ai beau me dire que je me fous de leur opinion, je pense au rejet, aux insultes, aux discriminations, aux coups, dont sont encore victimes les homos, dans ce pays et ailleurs. L'homophobie est encore là, et ce soir elle se tient là, à quelques mètres. Il y a encore des combats à mener.
Ces imbéciles ne me réussiront pas à gâcher ma soirée. Je décide d'inviter mon australien à la maison, à l'abri des regards.