trouver un mec

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 3 janvier 2010

Une théorie amoureuse de la grâce

La question des accointances entre foi et amour m'a toujours un peu perturbé les méninges, et je vais essayer d'amener quelques conclusions vaguement lisibles pour vous faire partager ces réflexions (inabouties, et qui devraient le rester longtemps). Après tout, une petite vaguelette d'optimisme n'est pas superflue en ces temps de résolutions à tenir (levez la main, ceux qui ont écrit avec espoir sur leur to do-list l'ineffable "cette année, je trouve un mec, crénom !").

Je ne me lancerai pas dans une définition de la foi. Les gens qui l'ont m'ont toujours fasciné, parce que cet état dépasse la raison. La foi, en quoi que ce soit, admet une fidélité inébranlable et indiscutée en une idée, une présence, un concept, enfin, ce que vous voulez. Elle se heurte en cela à notre esprit, forcément réfléchi, toujours prêt à pinailler sur le premier fait illogique venu.
Ce que j'aime chez les quelques amis animés par cet esprit, c'est ce redoutable esprit de synthèse et la porte ouverte sur un espoir, l'espoir d'aller mieux, l'espoir d'accompagner son prochain, l'espoir de progresser, que sais-je... Mêlé à ces espoirs successifs et complémentaires règne également l'accomplissement : celui qui est animé par la foi ouvre son âme vers une véritable re-création, il s'extrait de sa condition humaine en ayant acquis la certitude un peu mystérieuse que sa vie est dotée d'un sens, d'une direction, d'une envolée, pas forcément vers du mieux, mais en tous les cas vers une stabilité, un mieux-être. La foi impose avec douceur un ciment aux multiples circonvolutions qui agitent notre condition humaine. J'ai idée qu'on se sent plus heureux, plus sécurisé, en admettant qu'on peut accomplir sa vie sans seulement se fier au monde terrestre qui nous entoure.

Ce qui est génial dans cette conception, c'est que la fidélité en une idée ne rime jamais avec aveuglement : il est possible d'agir tous les jours conformément à sa foi, en respectant quelques principes humanistes, simples, à commencer par ce qui est à mon avis le ciment de tout : "aime ton prochain comme toi-même", on rappelle souvent la première proposition, on néglige trop la seconde. Il est d'ailleurs difficile d'aimer son prochain, je trouve même que ça demande un dépassement de ce qui nous fait homme, avec nos colères, nos hargnes, nos fatigues, nos découragements, dans le même temps, cet axiome simpliste recèle des trésors de bienfaits, pour soi et notre Monde, bien difficile à vivre, il faut l'admettre. La foi n'extrait pas du monde des hommes, elle permet d'y pénétrer et d'en jouir pleinement.

J'envisage la foi dans son sens très large : la religion, certes, mais la foi en un idéal politique, la foi en une idée, par exemple la république, l'égalité, la fraternité. Toutes ces idées ne sont pas seulement des mots : elles remplissent les exigences que j'ai essayé de présenter plus haut. Ces fois indiquent en effet un progrès, le chemin vers un absolu, une ultime forme de l'esprit humain à laquelle, paradoxalement, l'esprit humain se heurtera parce qu'il ne saura la comprendre dans son intégralité.

Tout cela n'est guère éloigné de l'amour. Les gens qui ne savent pas aimer sont ceux qui confondent deux fois : la foi en l'autre, et celle en l'amour. La foi en l'autre est, sur le papier, louable, mais elle intègre des logiques trop humaines, les dimensions vers lesquelles elle oriente restent limitées à un esprit, une histoire, une personnalité. Ainsi, la foi en l'autre ira se heurter à des sentiments humains qui, poussés à leur paroxysme, peuvent devenir néfastes : la crainte de la perte, la peur du deuil, la jalousie, etc. La foi en l'amour pousse pour sa part vers des contrées bien moins facilement définissables : ce n'est plus la fidélité qui ici est exigée, parfois de manière malsaine, mais une forme de grâce. C'est en effet, chaque jour, en admettant le miracle de notre histoire qu'on s'acheminera vers un mieux être à deux. En acceptant que notre histoire d'amour ne soit pas simplement un fruit de nos deux histoires, mais que viennent s'y nicher également des ressorts plus mystérieux, moins définissables, nous prenons conscience d'une aspiration vers quelque chose nous dépassant.
Un pédé pourrait très bien consacrer sa vie à ne pas aimer, il n'est pas mu par des considérations naturelles : il ne procréera jamais. Pourtant, la plupart d'entre nous, si ce n'est nous tous sans exceptions, cherchons à nous orienter vers cet état amoureux, à propos duquel nous multiplions interprétations et questionnements. Même si nous savons qu'une histoire d'amour ne nous accomplira jamais, nous ne pouvons nous empêcher de l'attendre, de faire notre vie en fonction de cette perspective, conscient du mieux-être vaguement indéfinissable que cet état provoquera(it). Cela prouve que nous avons la foi. CQFD.

Ce matin, j'entendais une pasteure (quel épouvantable mot, il faudra revenir sur cette réforme de l'orthographe, elle enlaidit à un point...) expliquer que dans un couple, l'essentiel n'était pas l'attente de l'amour de l'autre, dont les ressorts sont parfois trop complexes ou mal lisibles, mais la reconnaissance quotidienne de la grâce que notre histoire d'amour octroyait. Cette grâce, en étant amoureux, vous la recevez, quant à ceux qui sont seuls, rien ni personne ne peut vous empêcher de la recevoir. C'est sans doute le plus difficile à comprendre : le mystère est accordé à tous, mais reste un mystère.

Une fois qu'on a saisi qu'une histoire d'amour dépassait notre stricte condition d'homme tout en contribuant à l'embellir, je pense, je ne sais pas, mais je me doute qu'on commence, enfin, malgré tout, peut-être, je dis bien peut-être, à un peu mieux croire en soi, en ses chances, sa vie, son bonheur.

Bon vent !

"Notre âme comme un oiseau s'est échappée du filet de l'oiseleur."
Psaume 124-7

mercredi 16 décembre 2009

Identité

Qu'est-ce qui fait que nous soyons pédales ? Je veux dire : aujourd'hui, en 2009, bientôt 10, dans un monde finissant où la banquise se liquéfie, quelles sont les liens entre nous, quelles sont nos forces, nos saveurs, nos couleurs, la petite chose en plus qui permet à ce Monde débile de tourner un peu plus rond ? J'en suis convaincu, je l'ai déjà mainte fois ressassé ici : être pédé est une chance inouïe, un miracle. Notre vie n'est pas portée vers la procréation, l'accomplissement, mais autre chose... C'est cet autre chose-là qui va nous arrêter.
Un couple de mecs, c'est un moment un peu bizarre à passer dans la vie : il faut construire, mais sur des bases relativement inédites tout de même ; certains mettent tout dans leur petit appart à deux, d'autres vivent de manière plus indépendantes, d'autres enfin sont en couple sans l'être, il y a du sentiment, mais sans enjeux démesurés, avec une petite certitude qui gratte le fond de la cervelle et qui chuchote que rien ne dure dans ce monde. Héraclite l'obscur, celui qui pensait que tout devait perdurer en ce bas-monde, n'a pas vaincu. Notre vie change, se feuillette, s'emporte, et nous changeons avec elle, emportant nos anciennes amours, nos relations d'autrefois, les remisant dans les boîtes à souvenirs, parfois dans l'oubli. S'estompent haines, peurs et rancoeurs, et un renouveau perpétuel se fait jour ; nous agissons pour que la chose se déroule avec le moins d'encombres possibles, certains savent s'y prendre mieux que d'autres, et c'est ainsi.
L'identité, on le voit avec le débat actuel, impliquerait un vieux fond maurassien : celui de la durée, de la pierre rugueuse qui graduellement se recouvre de mousse. Que pouvons-nous faire durer lorsque nous sommes avec un autre mec ? Une seule et unique chose à mon avis : l'humour. Le pédé a de l'humour, il doit en avoir, et je déplore que nos associations et autres sidacrates soient aussi amusants qu'un congrès de jansénistes lettons. Nous ne rions plus, de rien. Or, la douce ironie, le clin d'oeil complice, le rire ensemble émaillent nos esprits de quantités de souvenirs qui, avec le temps, forgent un lien indéfectible, même si dans le même temps les sentiments s'émoussent. Tous mes mecs avaient de l'humour, moi-même, je dois plaisanter deux heures par jour. C'est le rire qui fit notre force, c'est le brocard qui aura raison de nos normes, de nos familles parfois chiantes, de la coincitude généralisée. L'identité gaie ne mourra pas tant que la mort n'aura pas refermé à jamais nos sourires. Riez, vous aimerez.
Bon vent !

"Alors il paraît que vous êtes amie avec la duchesse d'Arcourt..., et même très amie... On prétend partout que vous êtes très liées, c'est vrai ?"
Arletty, lassée, se tourna vers lui et lui jeta :
"Monsieur, je ne peux rien dire, je suis un gentleman !"
Jean-Claude Brialy-Le Ruisseau des Singes.

lundi 2 novembre 2009

Ce qu'il reste.

J'ai perdu mon passeport. C'est ennuyeux, je dois partir en Egypte dans quatre mois, et il va falloir reprendre tout à zéro. En retournant mon appartement dans à peu près tous les sens, j'ai retrouvé des vestiges archéologiques. Des cartes postales, des photos, des petits mots écrits rapidement un soir, un matin, quelques places de ciné, de concert, des entrées d'expo, des cartes de voeux, c'était à l'époque du Franc ; tout un assemblage finalement assez cohérent d'une vie passée aux côtés de mecs, d'amis, de vieilles connaissances professionnelles et étudiantes qui ont réintégré les placards de l'oubli.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait bizarre. Revoir des photos de nous du temps de notre triomphe (quand je pense que je me trouvais moche à 21 ans, putain le canon de sa race, j'aurais dû plus en profiter...), revoir des photos des quelques mecs qui comptèrent, là aussi, c'est un peu bizarre. Certains ont disparu corps et biens de mon existence, d'autres laissent quelques nouvelles épisodiques, je ne suis resté ami qu'avec un seul d'entre tous, qui vit à 1200 km d'ici, ceci devant sans doute expliquer cela.
Les fiches, cartons, petits manuscrits sont des témoins, c'est d'un banal affligeant de dire cela, mais les retrouver, c'est toujours très émouvant. Le temps a lissé ces objets, les a patinés, a rendu émouvantes des petites parcelles d'existence qui à l'époque étaient pour le moins de simples détails anecdotiques (une place de ciné, une carte...). L'objet archéologique a toujours eu une signification démesurée ; quand j'étais archéologue, on avait appris à banaliser les éclats de silex, les tessons de poterie, les ossements. On les trouvait, on mettait un numéro, on les dessinait si cela valait la peine, on rédigeait un rapport et basta. De l'autre côté de la barrière, autrement dit aux yeux du commun des mortels, l'objet du passé devient pourtant mythifié, enjolivé, il se recouvre d'un enrobage pétri de bons moments, de bienveillance et c'est finalement assez agréable de contempler tout ceci, qui reste certes une vie parmi tant d'autres, et qui, pour cette raison est aussi une des choses les plus précieuses qui soit.
Je crains qu'avec le numérique et les mails, nous ne soyons plus aussi sensibles à ces souvenirs usés et vieillis par le temps ; toutes ces petites choses qui s'empoussièrent et sombrent dans l'oubli n'ont certes guère de sens, mais à la manière de petites chansonnettes ou de la table de 9 coincées quelque part dans notre mémoire, elles trouvent parfois l'occasion de remonter à la surface, en nous soufflant aux oreilles que finalement, tout cela ne fut vraiment pas si mal. Ne vivons pas dans notre passé, mais s'il s'offre incidemment à nous, n'en ayons pas démesurément honte, il choisit ses moments, respectons-les, chaque chose fait sens et ces quelques oeillades des années d'avant doivent bien avoir encore quelques conseils à distiller ; je vous laisse en juger...

Bon vent !

"Emblèmes nets, tableau parfait d'une fortune irrémédiable. Qui donne à penser que le Diable fait toujours bien tout ce qu'il fait !."
Charles Baudelaire. L'Irrémédiable-Les Fleurs du Mal.

Je reprends le micro pour signaler que ce post est le centième, vous êtes environ 600 à venir vous perdre ici. Thanks guies, and keep havin' fun !

jeudi 29 octobre 2009

H1N1

De ma vie je pense, je n'avais jamais eu une maladie aussi nulle. Que ce soit clair, je n'ai jamais été malade, pas le moindre petit arrêt maladie à mon compteur, mes élèves savent qu'ils ne pourront jamais se réjouir de mon absence impromptue, je suis un pilier disait mon vieil inspecteur, un peu le professeur Rogue quoi, une vieille ganache. Je finirai comme François Mauriac : dans mon fauteuil, avec mon chat et mes livres, et je terminerai ma grandiose existence, même respirant encore, à faire partie du mobilier, et puis un jour, on fera la poussière et on se rendra compte que la bête ne respirait plus depuis une bonne semaine... Passons, on n'y est pas encore.
Et là, paf, en pleines vacances, la grippe, la soi-disant bien méchante et tout ça. Certes, pendant trois jours, vous ressemblez à Joan Collins enrhumée : ça tousse, ça doliprane, ça courbature, ça dort, ça stagne, ça sue, ça pue, et puis pouiffff plus rien, si ce n'est une toux absolument carabinée et qui vous colle à la plèvre comme un morpion à une couille.

Donc voilà, c'est fait. Il fallait que la chose soit dite, en 2009, j'aurai été deux fois modernes : un Iphone et la grippe A, après, qu'on ne vienne pas me reprocher d'être un tantinet altmödisch. La maladie, néanmoins, favorise on ne peut mieux la réflexion, d'où ces quelques lignes vacancières et encore passablement parsemées de miasmes divers et plus ou moins avouables. Il faut quand même que je vous raconte le truc qui m'est arrivé...
Je suis donc en train de mourir, que ce soit clair, la grippe, ça pète la gueule à n'importe qui. Un mec me contacte sur mon mobile (ces trucs-là ne vous fichent jamais la paix), je pense qu'il voulait tirer son coup. Je lui explique en quelques mots que la chose ne va pas être techniquement possible : d'une, j'ai autant d'énergie qu'une limande à marée basse, de deux, franchement, comme tue-l'amour, on ne fait pas mieux. Je l'envoie donc chier, gentiment, mais clairement. Il insiste et trouve l'argument le plus couillon que je n'avais jamais entendu : "mais je vais m'occuper de toi", non pas comme vous pensez, bande de sottes lubriques. Là, brusquement, je me suis souvenu d'Harvey Finstein dans Torch Song Trilogy, qui réplique à Ed : "J'ai été capable de virer ma propre mère de chez moi, et tu me demandes de vivre avec moi..." ; bon, quelque chose dans le genre... Qu'un mec, qui en plus s'appelle Gérald, ait tellement envie de se faire défoncer le fion qu'il ne trouve pas d'autres arguments que jouer les Mère Thérésa avec une morte en sueur et encore plus désagréable que lorsqu'elle a 37,2°, je trouve ça juste pathétique. Je lui répond qu'il risque de chopper la grippe, il me rétorque que ce n'est pas grave. Je me pose quand même parfois des questions très nulles sur mes congénères... Que cherchait ce type en fait ? Que s'est-il dit ?
Il faut que je tire mon coup maintenant, et celle-là n'a pas l'air trop coincée, donc j'y vais ? Dans ce cas, il pouvait annoncer la couleur... Non, il a préféré jouer les âmes charitables, pis, il a inversé une sorte de pseudo-rapport de force en exigeant presque de venir chez moi pour me soigner. Je n'ai jamais eu besoin du moindre Gérald pour me retaper ; là où je voulais en venir, c'est qu'on en serait, à mon avis, arrivé à un degré tel de dépendance entre les mecs que n'importe quel Gérald est prêt à jouer la comédie juste parce que ses hormones l'engagent à le faire. Voilà qui pose d'évidentes questions sur notre morale : aider son prochain, certes, mais dans mon intérêt avant tout. Deuxième option : ce type était peut-être amoureux, et il considère qu'être amoureux, c'est être dans la disponibilité exclusive pour l'autre. Là, à mon avis, c'est une bonne cure de psy dont il a besoin, parce qu'instaurer un tel rapport délétère (besoin, dépendance) avec un mec, ce n'est ni plus ni moins s'effacer et accepter de ne plus exister ; d'ailleurs, pas une seule seconde il ne m'expliqua qu'il avait la trouille d'être malade. Je fais un autre lien dans ce genre de rapport presque christique et sacrificiel à l'autre : le VIH. Des mecs, j'en suis sûr, acceptent de jouer les bons samaritains juste parce que ça les rendra plus heureux au contact de l'autre, ils soignent, s'oublient, et mettent de côté leur propre personnalité, dans la mesure où cette dernière n'a plus qu'un objectif : plaire à l'autre, quitte à sacrifier sa santé pour lui.
Bon, je ne sais pas trop si je ne délire pas un peu, mais cette manière insistante, voire très lourde, de vouloir s'attacher à quelqu'un sans en mesurer la moindre conséquence m'a fait l'effet d'une petite fable que je laisse mijoter dans vos saines circonvolutions cérébrales.
Bon vent !

"De toute évidence, ce n'était pas bien, ce que faisait papa : pousser des femmes parfaitement normales à se comporter comme dans les Feux de l'Amour. Mais je me demandais si papa était le seul responsable. Il ne cachait jamais qu'il avait déjà connu l'amour de sa vie. Or, tout le monde sait qu'en ce domaine, UN, est un maximum..."
Marisha Pessl-La physique des Catastrophes.
grippe

lundi 12 octobre 2009

Caniveau

J'aimais bien Frédéric Mitterrand. Je veux dire, avant qu'il soit Ministre. Je n'aime pas les gens qui courent au plat de lentilles, surtout quand la lentille est sarkozyste. Je suis viscéralement et bêtement antisarkozyste, il suffit que NS dise qu'il fasse beau pour que je trouve que le temps est à l'orage. Cet homme ne me donne aucune envie de faire un effort, il sape un à un ce qui a construit notre nation : notre Ecole, nos protections sociales, notre justice, nos institutions. Cette homme est petit, vil, vulgaire, inculte, grossier et foule du pied une mission, une fonction, qu'il ne maîtrise aucunement. Les habits qu'il porte sont trop amples pour lui, avec un peu de chance, l'histoire fera en sorte qu'il s'empêtre dedans ; il est à craindre que nos concitoyens en feront les frais. Je n'aime plus Frédéric Mitterrand, comme je n'aime plus "Claudia" Bruni, comme je conchie Fadela Amara, comme je trouve ridicule Martin Hirsch qui propose de rémunérer les élèves s'ils se donnent la peine d'écouter leurs maîtres. Cette créature est un avatar néfaste, une erreur historique ; c'est la victoire de la médiocrité et c'est à mon humble avis l'ultime sursaut vital de la démocratie telle que nous l'entendons depuis 50 ans. Avec Sarkozy, le suffrage universel direct a atteint ses limites : nous n'élisons plus un homme, mais une image, un produit, un affect, une émotion, une névrose. Cet homme est détestable et il infecte irrémédiablement tous ceux qu'il approche. Je serai antisarkozyste primaire tant que ce pantin sera au pouvoir, je ne demande aucune justification. Je le hais parce que je hais ce qui est médiocre.
Frédéric Mitterrand m'était d'une indifférence somptueuse jusqu'à ce que je lise "La Mauvaise Vie". Dans ce roman, aux relents proustiens, il y avait tout ce qui me fait vibrer : la sensibilité, l'honnêteté, et le regard mi-doux, mi-compassé, mi-amer que toutes les vieilles tarlouzes qui ont passé la cinquantaine doivent ressentir. Ce type a voulu dresser un bilan, il était suffisamment nombriliste, et aussi suffisamment pudique, pour que ses écrits fissent mouche.
Il voulut entrer en politique, il voulut défendre un oxymore : une politique culturelle à l'heure où des pans entiers de notre culture et de notre identité s'effondrent. Il eût pu se battre pour la défense des langues anciennes à l'école, le statut des intermittents, la politique de subventions, le soutiens aux jeunes précaires, le mécénat, la reconnaissance des arts du vivant (danse et théâtre) aux heures de grande écoute, il préféra défendre Hadopi. Mitterrand (je parle de lui au passé) ne fut qu'un prête-nom, un alibi grossier, une petite parenthèse people dans une politique sans projet, sans antennes, sans buts, sans socles, dénuée de la moindre sensibilité culturelle et morale.
Mitterrand avait un atout : il était homosexuel. Pendant la semaine où le feu des projecteurs le noya autant qu'il nous aveugla, Mitterrand aurait pu, aurait dû, reconnaître que pour une folle de son rang, de son âge, de son style, les pulsions de la jeunesse ne s'en laissent pas compter, l'attrait du jeune minet est intact, et que son voyage en Thaïlande, malgré son éthique, ses valeurs, ses principes, était là aussi pour le rassurer, lui faire du bien. Oui, on va en Thaïlande aussi parce que le sexe est facile, parce que la jeunesse (même "majeure") s'offre à vous sans difficultés. Je ne vais certainement pas faire l'apologie du sexe tarifé avec les mineurs, mais le fait est, et de nombreux mecs y succombent, et je pense qu'ils ne sont pas pour autant pervers.
Si le couple gay avait un sens, si on ne s'efforçait pas de le faire ressembler à une copie-carbone du couple hétéro, avec le gosse, le chien et le pavillon, si la communauté associative valorisait les couples au lieu de les brocarder, si les vieux pédés étaient membres à part entière des lieux de sexe (à quand un sauna qui propose du moins 20 % pour les plus de 50 ans ?), si l'itinéraire de tous les pédés était envisagé avec la lumière et non, comme c'est le cas aujourd'hui, comme une lente et inexorable descente vers la solitude et l'oubli, sans doute, je dis bien sans doute, la plupart des mecs n'irait pas chercher loin et illégalement ce qu'ils réclament à corps et à cris ici.
Mitterrand n'est qu'un tout petit ministre, mais il avait la chance, la tâche, la responsabilité, de parler au nom des siens. Il préféra sauver son maroquin.
Bon vent !
"Le monde du mal échappe tellement, en somme, à la prise de notre esprit !... L'historien, le moraliste, le philosophe même, ne veulent voir que le criminel, ils refont le mal à l'image et à la ressemblance de l'homme. Ils ne se forment aucune idée du mal lui-même, cette énorme aspiration du vide, du néant."
Georges Bernanos-Journal d'un Curé de Campagne.

mercredi 30 septembre 2009

Vies parallèles

Je lui avais vaguement répondu : "Tu sais, moi-même, je ne saurais me définir avec précision... Je suis absolument tout et son contraire : posé et fantasque, excessif et mesuré, calme et électrique, érudit et primaire, voire primal, rhéteur et poujadiste, tantôt de gauche, parfois de droite, chrétien mais pas croyant, scientifique mais pas méthodique, en quête de relations sans pour autant m'enfermer. Je suis un paradoxe ambulant, et c'est mon équilibre..."
Lui, au contraire, était précis, sec et taiseux, éminemment taiseux. Il savait façonner ces silences amusés et longs, pesants, parfois aussi lourds et à mes yeux aussi indigestes que des pâtisseries autrichiennes. Voyant ma gêne devant cette invraisemblable et terrifiante emprise, il m'avait déclaré : "Le silence semble t'angoisser..." Il est vrai que celui qui se tait détient plus les clefs du pouvoir que celui qui parle. Il m'avait cité l'exemple de Mitterrand, le sphinx, qui capturait les autres par ses regards et ses silences, comparé à l'autre petit roquet hululant et vulgaire qui nous sert de président. "Lequel des deux est le plus crédible dans son pouvoir ?" m'avait-il demandé. "Lequel des deux détient réellement le pouvoir ?"
La rencontre est un jeu, un enjeu, de pouvoir de l'un sur l'autre ; la rencontre est une indéniable épreuve de force et celui qui vainc est celui qui ne se dérobe pas, ou ne s'encombre pas, derrière mille faussetés. Repensons à nos deux présidents, ces deux exemples illustrent le propos à merveille...
Habitué à abattre toutes mes cartes, à faire défiler mes mille personnages tous aussi flamboyants les uns que les autres, je ne m'attendais pas à rencontrer ce sphinx, souriant, magnifique, méthodique et analytique. La nuit commença, mon studio ressemblait à un studio de prof, le lit n'était pas fait. Lui repliait ses habits et regardait, sans qu'une once de jugement ne pût être décelable sur son visage. J'imaginais que ses absences de mots provoquaient en lui mille constats, allez savoir si je ne me trompais pas, tandis que ma cervelle entrait quant à elle en éruptions successives, cratérisée par mille questions... "Que pense-t-il ? que se dit-il ? qu'imagine-t-il ? qu'attend-il ?" Plus mes interrogations se suivaient à la vitesse de la lumière, plus il était lent, calme, hermétique.
Bien entendu il ne rappela pas, et ne rappellera jamais.
Je ne sais lequel des deux fut finalement le plus hermétique, je sais en tous les cas lequel des deux remporta le bras de fer.
Bon vent !

Arlequin : J'ai une commission à vous faire.
Sméraldine : De la part de qui ?
Arlequin : Oh de la part d'un brave homme, dites-moi, est-ce que vous connaissez, par hasard, un certain Arlequin Battochio ?
Sméraldine : Ouh, il me semble en avoir entendu parler...
Arlequin : C'est un bel homme , trapu, râblé, amusant, qui cause bien, maître de cérémonie...
Sméraldine : Je ne le connais vraiment pas...
Arlequin : Et pourtant, lui, il vous connaît, et il est amoureux de vous...
Sméraldine : Oh, vous me faites marcher...
Arlequin : Voulez-vous que je vous le fasse voir ?
Sméraldine : Je le verrais volontiers !
Arlequin : Tout de suite ! Sur le champ !
Sméraldine : Ce serait donc vous celui qui dit m'aimer ??
Arlequin : C'est moi !
Sméraldine : Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit en premier ?
Arlequin : Parce que ce suis un tout petit peu timide...
Comedia dell arte...

arlequin



Reagan_Mitterand_1984__cropped_.jpg

dimanche 20 septembre 2009

Le vain devant soi.

Voilà, la rentrée des classe est passée.
Un peu agitée cette année, une fois n'est pas coutume, il faut que nous en parlions. Traditionnellement, la rentrée des classes est un des moments pivots de mon existence, comme nombre d'autres profs je suppute. C'est l'occasion d'une nouvelle rencontre : soi et la classe, une entité de prime abord vague et indéfinissable qu'il va falloir apprendre à connaître. J'aime l'image de la motte d'argile, mal dégrossie et enflée d'impuretés, que, consciencieusement, avec patience, parfois avec pas mal d'énervement aussi, l'on élève. J'aime aussi cette homonymie : "l'élève". Jamais, je pense, que n'ai pris ces petits bonshommes ou ces petites bonnes femmes pour des enfants. Je vous fais une confidence, les enfants m'emmerdent. En revanche, j'aime ces futurs adultes : il y en a des biens, il y a des cons, il y a des gens brillants. Mon rôle n'est pas de juger mais d'instruire, le reste, c'est du bla bla.
Il y a quelque chose de christique dans mon métier, je le dis sans orgueil. De rien, ou de si peu, on édifie, construit, fait cheminer, du mieux possible, sans par ailleurs détenir la moindre vérité sur la méthode à employer.
La rentrée des classes, tout comme mon métier, est éminemment rituelle. Tout est calculé dès le premier jour : la tenue vestimentaire, la diction, le phrasé, le ton de la voix, la posture. Aucun geste n'est laissé au hasard. Lorsque je lis nonchalamment devant mes élèves, je le fais exprès, pour qu'ils me voient lire lorsque j'ai un moment de libre. J'ai une autre manie aussi : je ne supporte pas de nettoyer le tableau au chiffon. Je passe l'éponge, puis la serpillère, puis un coup de torchon sec, pour leur montrer qu'on doit toujours travailler sur quelque chose de propre. J'ai plein d'autres marottes de ce genre : l'emplacement de la règle sur les pupitres, qui doit être devant soi pour éviter qu'elle ne tombe bruyamment, les cahiers que l'on referme et qu'on place en haut à droite dès que le travail est terminé, pour que je voie qui n'a plus rien à faire en un simple coup d'oeil. Ils croisent les bras tandis qu'ils m'écoutent, sans jouer avec leurs stylos ou quoi que ce soit, tout simplement parce que je suis convaincu qu'on apprend mieux dans le silence et la quiétude. Ma classe est une aire, un hâvre hors du temps, coupé du monde, qui sent bon la IIIème République et les dictées d'antan. Je ne le fais pas par nostalgie, mais par pur bon sens. Tous ces petits rituels sont nécessaires car ils cadrent un enfant, devenant élève 6 heures par jour et quatre fois par semaine (seulement quatre...), ce n'est pas être réac, c'est être pratique. Le reste, les Piaget, Meirieux et consorts, la psychologie de l'enfant, le bien être, ce sont des conneries. Un gosse apprend dans le calme, un point c'est tout. Je suis l'instit que les élèves ne veulent pas avoir le 2 septembre, je suis aussi celui qu'ils réclament comme des fans le 3 juillet. That's my life.
Il s'avère que ce boulot, que je fais bien, avec passion, et sans jamais, en 10 années, avoir une seule fois regardé ma montre, est mis à mal. Mis à mal par les syndicats, d'abord, qui m'ont flingué ma rentrée sous prétexte qu'il aurait fallu que nous exigions une ouverture de classe qui était illégitime. Bilan : une matinée de foutue, et pas n'importe laquelle : les trois premières heures, si décisives, vous l'avez compris. Les parents d'élèves bobo ensuite. Je bosse dans une ZEP du XIXème, 303 élèves et une petite clique de bourges télérama-Cohn Bendit-RESF-France Inter qui se complaît à nous servir de conscience politique. Ces gens-là, pour défendre leurs gosses et calmer leurs névroses, peignent des banderoles, hurlent que l'école est en danger, qu'elle doit être un lieu de vie, organisent des taboulés party, et nous enjoignent de signer des pétitions. Je ne les porte pas trop dans mon coeur, et c'est réciproque. Quand j'ai un de leurs enfants dans ma classe, ils se la jouent profil bas. Je fais partie de ces instits qui n'ont aucune leçon à recevoir de qui que ce soit lorsque je pratique mon job. Je suis celui qui sait, et je connais mon affaire. Si un parent vient gueuler, je le reçois, avec l'absence de diplomatie qui me caractérise dans ces cas-là. Le dernier en date, une espèce de grand débile sorti d'un Dupuy-Berberian avec un serre-tête dans les cheveux (si ! si !) qui voulait des clarifications sur les devoirs de sa fille (consigne : "copier 5 fois et apprendre par coeur les mots de la dictée", soit-disant que ce n'était pas clair). Dans ces situations, je suis comme avec les mecs : hautain et cassant. En fait, il trouve ma manière d'agir un peu débile, voire franchement réac. Vous savez, ces parents qui considèrent qu'il est plus important que leurs gosses réfléchissent sur le sens de la vie et fassent des projets solidaires sur le développement durable en Ouganda au lieu de saisir la nuance entre un H aspiré et un H muet... Ce genre de type : chasse d'eau, direct.

Pour ceux qui ont tenu le fil de la lecture à ce stade, une question doit s'imposer : "mais pourquoi diable aborde-t-il ce sujet qui ne nous concerne pas vraiment ?" Ben en fait si. Sur le papier : ma vie professionnelle est accomplie. Elle n'évoluera plus. Je pourrais passer un diplôme, j'ai par exemple essayer d'envisager celui de formateur d'instit, mais le discours débile et marketing qu'on nous a vendu ("vous serez l'école du XXIème siècle") m'a fait immédiatement fuir. Je me suis vaguement lancé dans la préparation d'une agrégation d'histoire-géo, mais à supposer que je l'aie, je ne me vois pas enseigner à des grands dadets boutonneux. Au mieux du mieux, ce serait la fac qui me plairait, je ne dis pas que je ne me lancerai pas un jour dans une thèse.

Tout cela pour dire qu'avec les années, notamment celles qui commencent par un 4 qui se profilent à l'horizon, une certaine forme d'accomplissement apparaît. Cet accomplissement s'accompagne néanmoins d'une relative incomplétude. En d'autres termes, il manque quelque chose. Le boulot : c'est au point, et rien ne m'y fera évoluer (sauf si je choppe le Goncourt...), arrivé à 37 ans, on n'a pas non plus forcément envie de se lancer dans des choix hasardeux, par exemple enseigner en lycée dans le 94... Et d'un autre côté, vivre à Paris avec 1800 euros par mois, surtout quand on est pédé et qu'on sort quatre fois par semaine au minimum, c'est limité.
La "Crise du milieu de vie", c'est exactement cela : être accompli mais se rendre compte que quelque chose finira toujours par manquer. Nous vaquons, courons, nous interrogeons, nous orientons, en nous demandant si ces étapes franchies, nous ne serons pas (maybe so) un peu plus heureux. Certes, il est légitime d'aspirer à davantage de confort matériel, mais est-ce vraiment "the key point" comme disent les Anglo-Sax ?
Jusqu'à 35 ans, nous passons notre temps à construire. C'est comme les élèves : on joue avec de l'argile, on modèle, on déforme, on tente, on cogite. Les mecs que nous rencontrons pendant ce temps-là sont exactement ça : un objet / sujet d'expérience. Une personne qui convient parfaitement bien pour répondre à nos interrogations du moment (interrogations qui se nichent dans les espaces les plus inconscients et redoutés de notre esprit tout juste sorti de l'enfance). Puis, lorsque tout est en place, nous nous rendons compte que c'est sur un véritable royaume que nous régnons, et la tâche qui nous incombe est alors de le visiter, de le dompter, si possible de le respecter.
Il est difficile en ce moment de rencontrer un mec avec qui ça "accroche". Des rencontres, avec les copines, on en fait, un max. Mais ça ne tient pas, il n'y a pas le déclic comme me le disait un plan cul la semaine dernière, alors que finalement, on cherche pourtant tous un peu cela... Je crois, je pense, que si l'accroche est plus ardue, c'est avant tout parce que nous ne sommes plus en questionnement. Nous sommes désormais capables de proposer à l'autre, et au monde, ce que nous sommes. Je dis "nous", pas "moi", parce que j'ai le sentiment que ces situations (interrogations professionnelles, errements sexuels, procrastination sentimentale) nous sont communes. Cependant, comme me le dit un de mes grands amis : "dis "je", sinon, tu parles à la place des autres..." Je vous laisse donc juge.
Bon vent !
"Les hommes commencent par l'amour, finissent par l'ambition, et ne se trouvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu'ils meurent."
La Bruyère-Caractères-III

vendredi 28 août 2009

C'est la rentrée !

Je ne sais pas vous, mais moi, je frétille comme un gamin une bonne semaine avant la rentrée scolaire. Comme tous les profs qui se respectent, mon calendrier est très différent de celui du commun des mortels. Les années commencent en septembre, s'achèvent en juin. Les deux mois de vacances scolaires sont "hors du temps", comme dans le calendrier maya : liberté, frénésie, aucun horaire, aucune règle. On se lâche, au sens primal du terme. Après ces deux mois de liberté, il faut rentrer, en même temps que l'automne. Temps des bilans, des résolutions, ayant en ligne de mire le mois d'avril et le printemps.
C'est sans doute pour cette raison que l'été connaît un développement hormonal relativement hors du commun : en deux mois, soyons honnêtes, j'ai dû niquer près d'une cinquantaine de mecs (partouzes comprises). C'est dingue quand on y pense. Je raconte une anecdote, véridique, et je conclus doctoralement, parce qu'il y a une morale, me dis-je.
C'était donc dans les dunes : petits groupes qui se reniflent, moyenne d'âges d'environ 58 ans, pas franchement de mecs glamours. Bon, je ne suis pas une bombe, non plus, mais j'ai encore mes exigences. Je repère LE beau type, le suit, timidement (je précise, c'est nudiste, on est tous à poil là dedans) et il m'ignore, copieusement. C'est souvent comme ça : on attire ceux qu'on ne veut pas, etc. etc. Le jeu se met en route, ça tourne, ça mate, ça transpire, ça s'excite trop pour ne pas tenter quelque chose. Le beau mec entre dans un buisson, se fait sauter dessus par quatre types, franchement pas terribles. Je me dis, insère-toi : tout se passe avec un succès non démérité. Le type se fait prendre par quelques mecs (votre serviteur participe, qui avait une capote sous sa casquette) et la chose se déroule dans la bonne humeur.
Au moment de se rebraguetter (c'est une image) pour aller piquer une tête dans la Méditerranée, un pépé, genre Tom Bombaldil assis sur une souche, me regarde en souriant. "C'était bien" me dit-il (il me semble que ses propos étaient affirmatifs), j'opine. Il poursuit : "Quand je pense que j'ai 60 ans, j'aurais dû en profiter un peu. Moi, je préfère les femmes, parce qu'elles crient plus, mais là, franchement, j'ai aimé." Il était vraiment touchant, d'honnêteté, de candeur, il avait envie de s'informer, il était open, et on a causé. Il termine par : "Tu as remarqué, je ne vous ai pas dérangés", ce qui vu le contexte, était vraiment drôle.
Bon, ben c'était un plan cul parmi d'autres ; vous avez échappé à la salle de sport hétéro, aux Tuileries, à Jaurès, au jogging aux Buttes Chaumont, au mec de 18 ans, aux plans Aka Aki et Grindr et à l'addiction qu'ils engendrent.
Je vais cependant en tirer une leçon : nous avons des périodes de cul, c'est normal et logique. Et nous en profitons, cela se fait dans la bonne humeur, la prudence, la convivialité et le respect de chacun. Ce vieux mec, je ne le connais pas, mais c'est un fait, j'aurais aimé qu'il eût ma chance. Il avait l'air un peu dépité, et m'a vaguement fait comprendre, que nous autres, pédales bientôt quadragénaires, nous connaissions peut-être notre chant du cygne. Ces périodes hors du temps, il faut que chacun se les octroie : être dans le non-jugement, lâcher-prise, aimer ce que nous sommes et s'épargner. Ovide nous invitait à entr'ouvrir notre porte, je pense que la leçon ne doit jamais s'arrêter de porter.
Profitez-en, protégez-vous et bon vent !

"Portier, toi que chargent, ô indignité ! de lourdes chaînes, fais rouler sur ses gonds cette porte rebelle. Ce que je te demande est peu de chose : entr'ouvre-la seulement, et que cette demi-ouverture me permette de me glisser de côté ; un long amour m'a assez aminci la taille, et a rendu mes membres assez maigres pour qu'ils puissent y passer ; c'est lui qui m'apprend à m'insinuer sans bruit au milieu, des gardes, c'est lui qui guide et protège mes pas. Autrefois je redoutais la nuit et ses vains fantômes ; je m'étonnais qu'on pût marcher au milieu des ténèbres ; alors Cupidon se prit à rire avec sa tendre mère, assez haut pour se faire entendre de moi ; puis il me dit tout bas : "Toi aussi tu deviendras brave." L'Amour vint me surprendre bientôt, et maintenant je ne crains ni les ombres qui voltigent dans la nuit ni la main meurtrière armée contre moi." Ovide-De l'Amour. Elégie VII.

lundi 10 août 2009

Le parti pris des chieuses

Voilà plus d'un an que vous lisez ces lignes et que je vous fais part des mes divagations philosophico-nombrilistes sur le couple, l'amour, les grands marées et la cours du Mark. Voilà plus de deux ans que j'enchaîne d'agréables expériences sexuelles zé autres afin d'alimenter de manière conséquente et utile ces quelques pages. J'ai l'impression que la boucle est bouclée, honnêtement, si si, ça me gonfle de branler mes petits synapses en remuant des vérités sempiternelles. J'ai envie de bloguer normalement, en racontant ma vie, mes plans cul, mes plantages, et tout ça, j'ai surtout envie d'être drôle et caustique parce que ce blog a pris un tour trop sérieux, et il y a bien une chose qui m'exaspère, ce sont les choses trop sérieuses. C'est précisément parce que j'ai pris ma rupture trop au sérieux que ces lignes sont nées. Alors, voilà, la mue est faite. Officiellement, avec quelques copines, on s'est mis dans la folle idée de chercher un mec durable. Inutile de me demander ce que j'entends par là, mais les plans cul à répétition sont devenus d'un banal (dit-elle en se rebraguettant). Soit je tombe sur des coups moyens, soit moi-même, comment dire, je manque d'inspiration, mais le fait est. Des trucs me manquent, je crois que je deviens normative. Alors, ce qui manque, je vous rassure, ce ne sont que des débilités : la petite pipe dominicale du matin avec l'amoureux, une vraie scène de ménage sur des prétextes fallacieux et sans intérêts où je pourrais enfin gueuler : "Mais putain, tu es vraiment trop con quand tu t'y mets !", faire des plans à trois et rentrer à deux ;-) en disant que Tristan est un super coup et qu'il faudra penser à le recontacter pour la crémaillère, réserver une chambre double pour les vacances, enfin tout ça machin. Hormis ces menus détails dont le commun des mortels semble très bien se passer, je pense être absolument autonome.
Dans trouver un mec en 10 leçons (mon éditeur m'a demandé de remettre une louche, alors je me plie), nous avions commencé avec un constat simple : qu'est-ce que je veux en étant avec un mec ? Tant que je n'ai pas d'idée claire à ce sujet, en gros, tant que je ne me connais pas vraiment, je pense, très sincèrement, que cela ne vaut pas la peine de s'évertuer à chercher. Se connaître prend du temps, mais il me semble qu'une fois cette petite étape franchie, les choses se décantent très facilement...

En réalité, pour rencontrer un mec, il faut donc qu'il ne manque que d'apparentes futilités (et merde, je redeviens professorale). Voilà, Ita Misa Est, je pars en vacances, et en rentrant, je vous informerai point par point de l'avancée des opérations. Il est probable que vous n'en ayez strictement rien à foutre, ce qui me laisse à penser que ces excès de futilités pourraient par conséquent vous être utiles.
Je vous embrasse ! Bon vent !
"Je résume d'un mot : le mauvais homo a une vie sexuelle. Le bon homo (...) respecte les lois, la majorité, la minorité, l'enfance, la famille, l'ordre, l'épargne, les sens interdits, la pudeur. Il ne drague pas, ne se masturbe pas, garde l'anus clos, dédaigne les pénis (surtout en érection), s'habille en employé plutôt qu'en homme ou en femme, prend volontiers modèle sur les prêtres en civil..."
Tony Duvert-L'enfant au Masculin. Le titre de ce billet, dont je ne suis pas peu fière, vous laissera envisager à quelle catégorie je suis censée appartenir...

lundi 3 août 2009

Leurs bibliothèques

Il y a ceux qui en prennent soin, la rangent consciencieusement, l'actualisent, trient par thème et ordre alphabétique. Les romans, les essais, les revues : chaque chose est à sa place. Vous glissez un doigt (sur les rayons), pas de poussière. Les classiques sont là, j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de littérature contemporaine. On y retrouve aussi, immanquablement, quelques chroniques de San Francisco. Ces garçons-là sont ordonnés, calmes, plutôt cultivés et prévisibles.

Il y a ceux qui ne rangent rien, mélangent, entassent et font tomber. Des piles sur les cartons, de tout, des choses lues, d'autres ne le seront jamais. Tout s'y côtoie, le pire comme le meilleur : des livres sur l'Antiquité, des Philippe Roth, un Bernard Schlinck et un Ralf Köning. Ces garçons-là risquent de vous surprendre, ils ne sont pas très rangés, ne savent pas trop s'organiser, et sont assez peu sûrs d'eux.

Il y a ceux qui sont monomaniaques : récemment, j'étais chez un mec qui n'avait lu que des livres en rapport avec la Révolution Française. Des biographies, des essais, des romans : tout s'enchaînait autour d'un seul thème. Ils sont fiers de leur érudition, mais et c'est heureux, n'en parlent guère. Ce ne sont pas de grands lecteurs, vous risquez peut-être de vous ennuyer.

Il y a ceux qui ne lisent pas mais ont tout de même une bibliothèque. Vous les reconnaissez facilement, ne figurent que les romans et recueils enseignés au lycée (pour l'instant en tout cas ; il paraît qu'Amélie Nothomb entre au programme de Première). Du Flaubert, du Daudet, du Maupassant et les Contemplations. Les tranches sont peu usées. Dans les deux derniers rayonnages, il y a des DVD.

Et puis il y en a d'autres, et d'autres encore, qui ne regardent même pas vos étagères, qui vous écoutent, et vous apprécient, simplement, pour ce que vous êtes, dites et faites. Ceux-là sont légions, mais on les repère moins facilement.

Bon vent !

"Reconnaître que l'âme de l'homme est inconnaissable est le suprême accomplissement de la sagesse. Le mystère final est soi-même."
Oscar Wilde-De Profundis.

mardi 14 juillet 2009

Le hérisson

Titre paresseux, j'en conviens, mais parfaitement adapté à la situation du moment. En préambule, un petit avertissement : je vais (promis, dans la mesure du possible) essayer de passer plein de lignes, rédiger des kyrielles de paragraphes aériens et clairs comme de l'eau de roche, enfin, veiller à faire un minimum attention à la forme, mais je sens que ça va vite me fatiguer cette histoire là. Point à la ligne.

Je ne vais pas vous parler du livre de Muriel Barbery, que je n'ai d'ailleurs pas lu, ni du film avec Balasko, que j'ai pris un réel plaisir à regarder il y a quelques jours. Le thème de la fiction, en revanche, a retenu mon attention.

Je veux parler de la théâtralisation de nos sentiments.

Je pense, et je ne crois guère me tromper, que tout, strictement tout ce qui nous arrive n'est jamais anodin ou lié exclusivement à une conjoncture externe (pléonasme ?). Nous suscitons, provoquons, sommes responsables du monde qui gravite autour de nous et qui nous influence.
Sartre disait quelque chose comme : "Ce que je pense pour moi-même sert au monde entier". Ce qu'il voulait signifier, ce que la moindre de nos pensées, de nos opinions, de nos actes, de nos comportements, de nos manières d'être au monde, influencent autrui qui, à son tour, intervient dans nos existences.

Ainsi, je ne pense pas que le sort s'acharne sur le célibataire qui "ne rencontre pas", sincèrement. Je n'ai pas vraiment de recettes mais j'observe mes congénères, et moi-même aussi : tout est mis en place pour que la rencontre ne se fasse pas. A titre personnel, je peux endosser un costume effroyable : être pétri de morgue, antipathique au dernier degré, peu aimable, goguenard, moqueur, et très rapidement, mon interlocuteur ira s'épuiser. Mon objectif d'auto-sabotage a parfaitement réussi. D'autres fois, nous pouvons déglinguer une relation naissante en surenchérissant nos appels téléphoniques, sachant pertinemment que ces harcèlements successifs vont étouffer l'autre, le faire s'enfuir, le rejeter.
Balasko, dans ce film, a endossé un costume parfait : petite, laide, désagréable, sans intérêt. Ainsi, tout le monde l'ignore, et, tranquillement, elle peut lire, prendre son temps, jusqu'à ce qu'un amoureux réussisse à percer sa carapace, pour son plus grand bien.
Je ne condamne pas trop les gens qui se transforment en hérisson : c'est une protection, nécessaire. Je dois confesser que je fais partie de cette catégorie, peu affable de prime abord, méfiant, sur le qui vive, voire désagréable si je suis mal luné. Il s'agit, à mon sens, d'une réaction presque darwinienne. La crainte est un fait, un comportement légitimes. Pis, la crainte peut devenir un excellent moyen de se protéger, d'exister. Il est logique, naturel, je dirais, de considérer qu'un homme, éconduit, ou ayant souffert suite à des ruptures successives, ou des deuils, ou d'autres drames, décide de se protéger. Cela ne semble pas inopportun, c'est même, au contraire, très sain.
M'est avis que cette carapace partira seule, sans qu'il y ait un quelconque besoin de se forcer. Un beau jour, un ami vous dira : "aime ton prochain", un autre vous avertira : "baisse les armes", le troisième expliquera : "tu peux appeler, si ça ne va pas, on dîne ensemble mercredi ?". Progressivement, des failles dans la carapace vont faire leur apparition, sans douleurs, sans forcer. Là est la force d'autrui, notre pire gardien, mais notre meilleur guide aussi...
Bon vent !
"Il est intéressant de contempler un rivage luxuriant, tapissé de nombreuses plantes appartenant à de nombreuses espèces abritant des oiseaux qui chantent dans les buissons, des insectes variés qui voltigent çà et là, des vers qui rampent dans la terre humide, si l'on songe que ces formes si admirablement construites, si différemment conformées, et dépendantes les unes des autres d'une manière si complexe, ont toutes été produites par des lois qui agissent autour de nous."
Charles Darwin-L'origine des espèces.

"Le méchant est pris dans ses propres iniquités... Il mourra faute d'instruction, Il chancellera par l'excès de sa folie." (Proverbes 5, 22-23).

hérisson

jeudi 9 juillet 2009

Lobotomie

J'ai reçu un mail hier. La plupart, je réponds en tête à tête mais celui-ci m'a donné envie de diffuser plus amplement la bonne parole. Ludovic (appelons-le Ludovic, ce prénom m'a toujours excité) m'a proposé en un nombre considérable de paragraphes ma psychothérapie et, sous couvert de me dire que ton-blog-est-génial-ne-change-rien -mais tes billets sont trop longs (ça, c'est moi qui ajoute)-, il clôt par la sentence que je n'avais vraiment jusqu'ici jamais entendu de ma petite vie : "tu te prends trop la tête, laisse aller, à mon avis, ton blog, il te sert juste de thérapie et t'empêche de voir ce qui se passe autour de toi, l'amour est à ta portée, c'est clair..."
Sacré Ludo.

De quoi j'me mêle, non mais zut.

Fait chier...

La lune tourne autour de la Terre et la pluie ça mouille aussi, non ??

D'une, ce jeune mirliflore ne me connaît pas et j'aurai sans doute été un de ses fantasmes virtuels de plus, de deux, chez moi, la "prise de tête" est à peu près aussi naturelle que se gratter le derrière pour un babouin, d'avoir de la laine sur le dos pour un mouton ou d'être conne pour Roselyne Bachelot. C'est un fait, un fait lourd. On me propose le moindre sujet insignifiant, j'intellectualise, je rhétorise, j'analyse, je détricote. J'ai même une fois lancé à mon ex toute une théorie sociologique sur la vie des schtroumpfs et le patriarcat (note à mon futur mec qui me lit peut-être : parfois, je suis moins chiant, paraît-il... Ah, et puis, tant que je te tiens, quand est-ce que tu me rencontres ?).
C'est comme ça, je ne vais pas me changer maintenant, et de toute façon, c'est mon cerveau qui est ainsi. Je ne reviens pas en arrière, ça coûte cher une psy.
Cette introduction nombriliste pour vous signifier que je vais encore intellectualiser un truc à mort, mais je trouve ça vraiment intéressant. Il existe deux modes, en ce moment, dans les études pas chères sur la relation à deux : "pourquoi je t'aimeuh, pourquoi tu ne m'aimeuh plus, et tout le toutim". La première tendance, que je qualifierais de "zen-new age", c'est tous les conseils adorables sur le "être soi-même", "être son propre ami", "se faire confiance", "sourire à la vie", tout ça machin. Bon, on en a déjà parlé, c'est évident que le dépressif chronique et suicidaire thuriféraire de Lautréamont et Céline a moins de chance de rencontrer l'âme soeur que Candy Neige André (oui, je suis vieille), on ne va pas y revenir, ces petites saillies pleines d'optimisme ont le don de me les gonfler grave sa mère. Non qu'elles soient inutiles, mais sont proprement exaspérantes les pédales maquées depuis peu qui vous assènent les "ça viendra", "il faut d'abord que tu t'aimes toi-même avant d'aimer quelqu'un", "aie confiance", "c'est quand on ne s'y attend pas, taratata", "et au fond, finalement, est-ce que cette situation ne t'arrange pas ?", j'en passe, et des plus connes encore...
L'autre tendance est apparemment plus médicale : c'est une question de cerveau. On en avait déjà un peu parlé aux débuts de ce blog : le fonctionnement de nos synapses est loin d'être anodin dans notre rapport à la rencontre. J'ai appris récemment, au cours d'une conférence, que des cerveaux, nous en avions trois : le cortiqué, l'émotionnel et le reptilien. Dans ces trois zones se nichent trois facettes de notre être : le mental et le spirituel dans le cortiqué, le sentiment et la culture dans l'émotionnel et le physique dans le reptilien.
Pour entrer dans l'autre (c'est une image) : il faut délivrer un message, c'est-à-dire "se métamorphoser". Il me plaît physiquement (reptilien : j'ai la gaule), je dois exprimer ma passion (émotionnel) en tâchant de rester sage (cortiqué). Trois circuits, formant une sorte de triangle, vont s'entrechoquer, et je vais, par trois fois, me métamorphoser.
Autrement dit, le corps de l'autre, celui que mon reptilien trouve bandant, va me permettre d'élaborer un message qui va viser à transformer cette simple pulsion en quelque chose de, comment dire ? plus éthéré. Nos réponses au mec sont une triple élaboration, et le tout est de savoir équilibrer les trois.
Comment faire ?
Le neurologue explique la chose suivante : dans chaque rencontre, le partenaire voit des choses de l'autre que l'autre ignore, c'est ce qui se nomme "le jardin secret", une part d'insoupçonné est en nous et n'est révélé que par les métamorphoses successives que nous mettons en branle au contact d'autrui (ce qu'autrui voit très bien). Notre travail consiste alors à faire passer le maximum d'émotions (cerveau émotionnel) pour que Bidule saisisse le message : tu es beau, tu me plais, j'ai du désir (littéralement : le désir signifiant "aller vers") lorsque je suis à ton contact.
Bon, je vais m'arrêter là, ça a duré deux heures, c'était passionnant et je n'ai pas tout compris, n'ayant retenu que ce qui m'intéressait. Ceux qui ont capté peuvent témoigner...
Bon vent !
"Un jour, je me suis réveillé, aveugle comme le destin. Je me demande parfois si je ne dors pas encore"
Samuel Beckett-En Attendant Godot

vendredi 3 juillet 2009

Les hommes, leur I-Phone et Baudrillard

Dire que la chose masculine est complexe est un doux et délicat euphémisme. Mais il y a bien un domaine dans lequel nous nous opposons, nous pédales éconduites et pérégrinantes, en deux camps bien distincts, c'est dans notre gestion de la chose portable et numérique. Deux camps s'affrontent, et je paraphraserai Michael Jackson (The Girl is Mine) : "There are lovers, there are fighters". J'appartiens à la première des deux, vous trouverez votre catégorie lorsque la chose sera explicitée plus allant. Prenons un exemple à peine personnel, on l'a tous vécu, c'est même presque un lieu commun.
Une rencontre, admettons à une soirée, chez des amis, un anniversaire, peu importe. Une rencontre qu'on va qualifier "hors normes" : pas sur le réseau, pas dans le Marais, pas dans un bar, autrement dit, une rencontre rendue intéressante grâce à son particulier contexte. Dans ces cas en effet, le hasard a joué son plus joli coup de maître, rien, strictement rien n'était attendu. Un regard, des sourires, une conversation, quelques hésitations, et plaf, on se lance, et la folle nuit blanche insoupçonnée prend racine et s'entiche d'une incursion dans le réel. Le fantasme est devenu concret. L'amour est finalement à portée de main.
Très important le contexte de la rencontre, il faudrait y revenir. Il est à mon avis clair que "l'autre" devient affublé d'une aura supérieure lorsqu'il est rencontré au moment le plus inopportun qui soit. Dans le même temps, ce contexte n'est pas gage de succès, ce serait encore trop facile. Mais venons-en au fait.
La nuit fut extatique (prenons un exemple optimal si vous le voulez bien), on se lève tôt, très tôt, parce que le lendemain, il faut travailler (admettons que la-dite soirée eût lieu en semaine ou que nos impétrants travaillassent le week-end) et on s'échange nos numéros de téléphone portable. Je ne sais pas si c'est parce que je suis devenu l'heureux propriétaire d'un I-Phone depuis peu, mais l'irruption de ce magnifique et inutile objet transitionnel entre nous deux eut tendance à accroître mon sentiment de toute puissance sur "l'autre".
Baudrillard a écrit des tas de choses fascinantes là-dessus. Lorsqu'il dit : « La séduction représente la maîtrise de l'univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l'univers réel. », il est loin d'avoir tort... Nous confondons évidemment, dans nos rapports à l'amour, la séduction et le pouvoir sur l'autre. Aujourd'hui, sortir son jouet high tech et demander un numéro après une nuit de baise explosive, implique de facto que l'autre soit sur la même longueur d'onde. Ici, pas de séduction de l'autre, mais sa simple chosification. Celui qui a un I-Phone aujourd'hui, c'est le même pantin qui sortait son portable SAGEM au restaurant en 1995 : il est dans le vent, il a l'objet absolu, la marque d'argent, de pouvoir, il est fun, il est grand et puissant. Rappelez-vous en 1985, nous voulions tous des walkman, un peu pour ces raisons-là : disposer facilement d'une touche, d'un regard différent d'autrui à notre endroit. Notre rapport à l'objet est indissociable de notre rapport à nous-mêmes. L'objet, et celui-là en particulier, c'est l'enfant qui dort en nous qui vient à se réveiller, et qui veut l'exprimer haut et fort, il veut se distinguer des autres, être dans le vent. Son sentiment de puissance devient aussitôt avéré : Nietzsche disait : l'enfance est une innocence, mais aussi une négligence. J'ajouterais : le sentiment d'enfance est une innocence surpuissante, et tout autant une négligence surpuissante, de soi-même comme de l'autre....
Evidemment, arrivent les deux camps : ceux qui résistent à l'envie d'appeler, et ceux qui y succombent et ne peuvent s'empêcher d'envoyer des textos, des mails, des messages sur FB (l'I-Phone renforce notre idée de pouvoir sur le monde, non la séduction du monde) : tous les moyens sont bons pour que l'autre devienne partie prenante de notre univers ; techniquement, la mécanique est très au point. Il est impossible de ne pas avoir accès électronique à l'autre.
Humainement, et heureusement, l'autre a encore le choix de ne pas rappeler, avec des raisons qui lui sont propres. Quel que pût avoir été le contexte de la rencontre ou le moment fabuleux passé au pieux...
Ce petit billet simplement pour signifier à l'aimable engeance qui lit ces lignes qu'il n'est pas si important qu'on soit transit devant son téléphone ou qu'on joue l'indifférence, il faut simplement accepter que l'autre est un humain, pas un numéro de téléphone ou un profil twitter, il n'est pas un périphérique plus ou moins bien harmonisé avec notre petit monde de pédale urbaine, et ça, malgré le râteau mémorable que je me suis pris, je trouve ça vachement bien !
Bon vent !

"Avant que l'oeil ne perde sa capacité de voir, il verra jusqu'à un poil de duvet. Quand l'oreille approche de la surdité, elle entend voleter un menu insecte. Avant que sa bouche ne s'affadisse en buvant, elle distingue l'eau de chaque source (...). Seul ce qui n'est pas poussé à l'extrême ne connaît pas de retour."
Lie-Tseu-Sur le Destin.


"En ce siècle finissant, la mondialisation galopante et l'extension vertigineuse des réseaux de communication de tous bords nous conduisent à être livrés en pâture à notre toute-puissance infantile quand elle nous fait comprendre la célébration et la consommation et nous amène à flirter périlleusement avec nos propres frontières intérieures."
Jacques Salomé-Le Courage d'être Soi.

Le beau et vénérable Matoo rencontré à la Pride m'a donné envie d'accélérer une petite idée qui germait dans mes synapses depuis peu. Le monde des pédéblogueurs est vaste, varié, et sur un certain point complémentaire. L'idée de se rencontrer autour d'un verre m'est venue, fin août, début septembre par exemple. Nous pourrions échanger sur tout cela, se voir en vrai, savoir ce qui nous anime dans nos lignes, etc. Ceux qui sont intéressés peuvent écrire ici, et relayer l'info sur leur propre blog. A bientôt, maybe...

jeudi 18 juin 2009

Le puits de solitude (billet joyeux)

Encore un livre que je n'ai pas lu. Un couple d'amies m'en avait parlé, et paraît-il que ça cartonne chez la Lesbienne trendy en ce moment. L'idée du roman est simple : une fille naît tandis qu'on attendait un fils. Elle grandit, se sent différente mais ne sait mettre de nom là-dessus, et elle s'enfonce dans "le puits" : elle est seule, elle vit sa solitude en pensant être unique. Alors, dans cette Angleterre du début du siècle, elle casse, brise, dévergonde, provoque, patine... Puis, brusquement, la révélation : "je suis seule, et alors, le monde me prendra telle que je suis" ; elle ne se compromet plus. Mon amie était scotchée, ce livre lui fut apparemment thérapeutique.
Cette petite anecdote, après un silence glamour et people (qui au passage a fait exploser la fréquentation de ce site) pour signifier que si j'ai moins envie de parler du célibat, c'est simplement parce que je me sens de moins en moins célibataire. Non, personne en vue, pas de polichinelle dans le tiroir. Un simple état d'esprit, l'idée selon laquelle pour rencontrer quelqu'un, il faille être soi, prend enfin de la substance. Ce que nous sommes est unique, important, fantastique, et il est probable que nous soyons de pauvres et piètres explorateurs de cette géographie surprenante, qui évolue, se meut mois après mois, année après année. Le puits de solitude raconte aussi cela : cette femme est heureuse lorsqu'elle se transforme en bulldozer, se moquant du qu'en dira-t-on ; étant, simplement, et se rendant quitte de ses erreurs, échecs et grandeurs passés.
On entend toujours cette petite sonate : "sois en phase avec toi-même", l'injonction est aisée, la réponse est, on l'a déjà évoqué, difficile. Sans doute cherche-t-on à rester dans le puits : ne pas déranger, se morfondre, car la tristesse construit aussi finalement, rester timide... Puis, brusquement, quelque chose éclot, il faut un détonateur, un petit pas vers d'autres horizons, de mon point de vue, ce fut l'arrêt du tabac, mais ce peut être aussi chercher à évoluer professionnellement, rentrer dans une association, choisir un lieu jusqu'alors inconnu, partir seul à l'aventure pour une week-end. Ce qui est nécessaire, pour se rapprocher de soi, c'est créer une situation qui nous oblige à penser : "on verra bien". Cette petite phrase est en effet une prémisse amoureuse, lorsqu'on rencontre un mec, c'est un peu elle qui va se mettre à résonner. Alors, entraînez-vous, avec des choses simples, à la vivre au préalable. Le premier pas permet d'entamer un marathon...
Bon vent !
"Dès qu'il commença à se moquer d'elle, elle se sentit rassurée. En outre, elle avait su, dès son entrée dans la pièce, que le miracle s'était produit : elle était nimbée de son halo doré. Parfois il était là, parfois non. Elle ne savait jamais pourquoi il disparaissait, ni même si il était là, avant d'entrer dans une pièce, mais alors elle le savait tout de suite à la façon dont un homme ou un autre la regardait."
Virginia Woolf-Vers le Phare.
"''Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent leur libre essor,
Qui plane sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes''."

Charles Baudelaire-Elévation.

jeudi 28 mai 2009

Susan, For Ever !

Je n'ai pas la télévision mais cette chose-là m'intriguait. Dieu, quel monstre. Mal attifée, mal coiffée, vieille, sujette aux moqueries, aux brocards, à l'ignorance, aux petits sourires en coin. La vieille bonne copine un peu greluche, limite humaine, tellement différente, tellement d'ailleurs. Elle arrive, sans doute sait-elle qu'elle a du talent, mais elle seule, pour l'instant, le sait. Tout le monde se moque, rit en coin, se regarde, complice, de ces complicités coupables qui rapprochent les médiocres. Elle parle, sourit, mi-gênée, mi-arrogante, parce qu'elle sait. Elle sait ce qu'elle vaut, elle sait qu'elle est immense et que dans quelques minutes, elle sera simplement impériale. Se présente, avec candeur, décline son âge, son identité, son émotion aussi, mais l'émotion d'une laide, la regarde-t-on ? Et puis, la musique démarre, tout le monde rit, attend goulument le moment de jouissance, ce moment malfaisant où chacun pourra devenir goguenard à bas prix. Tout cela, elle le sait, et puis, elle ouvre la bouche...
Alors, la beauté fait irruption. En quelques accords, elle abat tous les préjugés, elle renvoie dans ses quartiers toute la petitesse de la classe belle et triomphante. Elle chante, et tout le monde pleure, la regarde différemment. Chacun sent que se réveillent des émotions, des souvenirs, des joies, des tristesses, cette voix, cette voix seule, entre chez nous, en nous, pour nous. Et Brusquement, nos petits égoïsmes, nos petites névroses, nos petites saillies deviennent ridicules et pathétiques face à ce vent qui emporte tout et réjouit, simplement, avec sourire, avec candeur, avec aussi, une estime de soi que nous pouvons tous lui envier.
J'y vois une fable fabuleuse. Regardez cette vidéo, prenez le temps, peut-être pleurerez-vous, à votre tour. La beauté, quelle chose curieuse tout de même, cette femme est d'une si belle laideur. Merci Susan, merci et sois heureuse ! Je connais pas mal de pédales qui vont te remercier...

http://www.youtube.com/watch?v=tyrx...

"Le nouveau est le plus beau, si jeune et si gracieux. " Les vieux cygnes s’inclinaient devant lui. Il était tout confus, notre petit canard, et cachait sa tête sous l’aile, il ne savait lui-même pourquoi. Il était trop heureux, pas du tout orgueilleux pourtant, car un grand cœur ne connaît pas l’orgueil. Il pensait combien il avait été pourchassé et haï alors qu’il était le même qu’aujourd’hui où on le déclarait le plus beau de tous ! Les lilas embaumaient dans la verdure, le chaud soleil étincelait. Alors il gonfla ses plumes, leva vers le ciel son col flexible et de tout son cœur comblé il cria : "Aurais-je pu rêver semblable félicité quand je n’étais que le vilain petit canard !"
Hans Christian Andersen-Le Vilain Petit Canard.

"And still I dream he'll come to me

That we will live the years together

But there are dreams that cannot be

And there are storms we cannot weather

I had a dream my life would be

So different from this hell I'm living

So different now from what it seemed

Now life has killed the dream I dreamed."

mercredi 27 mai 2009

Soulagement

Je me souviens. C'était il y a environ trois ans, une conversation au téléphone. Ce fut très simple. Je me souviens, je sortais d'un film que j'avais trouvé mauvais, que j'avais quitté à mi-chemin. Ce film (La Môme), je le revis depuis, chez des amis, il ne fut pas si mal. Je me suis évadé du MK2, j'avais besoin de trouver un interlocuteur, et je n'avais personne. Alors, je t'ai téléphoné. C'était la première fois depuis le fameux mail... Machinalement, ton numéro s'est naturellement composé : formidable, cette technologie nouvelle, qui brise d'une part, et rapproche de l'autre. Tu décrochas, aimable, sans doute, même, souriant. La conversation dura peu de temps, mais il est une phrase qui depuis, me hante : "je suis soulagé". Je vais être franc, c'est moi qui ai introduit le thème : "Alors, soulagé ?", et ce "oui", à peine murmuré, résonne encore.
Soulagement.
C'est donc ce que tu exprimas. Je le l'ai pas un seul moment envisagé. Je me doutais que tout n'allait pas si bien à ton regard. J'avais bien perçu quelques défaillances, mais pas une seule seconde j'ai pu envisager qu'elle fussent de ma plus stricte responsabilité. Tu me l'accordas d'ailleurs, quelques temps après : nous étions deux ; après tout, c'était d'une histoire dont il était question, pas d'un règlement de compte. Cette histoire, il aura fallu pourtant la "régler", et tu me fis comprendre que les responsabilités étaient partagées. Pourtant, tu as employé ce terme : "soulagé". Il a fait mal. On soulage la douleur. En ai-je été une ? On soulage d'un fardeau. Fut-ce à ce point ? Il me semble que non.
Soulagé, pourtant... Les fins d'histoire sont rarement paisibles, c'est un fait. Je l'admets. En tous les cas, elles ont cette fâcheuse tendance à littéralement anéantir ce qui a pu être. Disons, pour rester modeste, avoir été... Pourtant, tu le sais, sans doute, l'espérè-je en tout cas, j'ai fait en sorte de... J'ai fait de mon mieux. Je t'avais rencontré, je me suis lié, contre mon gré, c'est un fait, je me suis habitué, nous avons cohabité et je maintiens que ce ne fut pas si mal. Nous avons même été un couple, c'est dire... Tu as été soulagé, et pourtant, je le sais, nous ne fûmes l'un pour l'autre simplement ni fardeau, ni douleur. Les écrivains d'aujourd'hui appellent cela de la lassitude, quel mot de merde... Il ne veut rien dire, et pourtant, il en dit tant.
Soulagement... Ce nom commun fait mal. Je n'ai pas pensé une seule seconde de ma vie qu'être hors de portée de quelqu'un eût pu lui faire du bien, moi ne me suis jamais vraiment jugé malfaisant. Voilà où mène parfois l'amour... Et pourtant, ce fut l'amour, non ?
Tout cela est décidément bien compliqué. Les esprits étriqués diront que nous n'avions pas été faits l'un pour l'autre, pourtant, ce fut le cas. Paradoxes, paradoxes, encore et encore. De cette complexité naissent des royaumes, et à admirer ce paysage, je suis, à mon tour, soulagé...

Bon vent !
"Personne n'allume une lampe pour la mettre dans un lieu caché ou sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, afin que ceux qui entrent voient la lumière." Luc 11-33.
rocky
piaf

mardi 19 mai 2009

Le célibataire, la psy et les mecs

La chose célibataire aurait un mérite entre mille disent les penseurs positifs de l'hypermarché en face : renouer avec soi-même, prendre son rythme, se réapproprier sa propre vie pour, le jour où les batteries seront à nouveau disponibles et rechargées, rencontrer l'extase amoureuse avec une autre pile électrique elle aussi gonflée à bloc pour l'occasion. Les mots passe-partout, les phrases toutes faites sont légion et font leur joli petit dégât : "donne-toi du temps", "montre-toi disponible", "apprends à vivre pour toi", et toutes ces petites sentences sorties de l'horoscope de Métro qu'on veut nous asséner comme des principes de vie inextinguibles sans le moins du monde nous livrer une once de mode d'emploi. Ma préférée dans ce genre de belle petite saloperie, c'est la trop fameuse "sois toi-même".
Déjà, mon petit doigt me dit que même le moine chartreux retiré depuis les deux tiers de sa vie dans son monastère n'y est jamais arrivé. Platon a écrit de magnifiques pages là-dessus et il explique très simplement qu'être soi-même n'existe pas, que c'est uniquement par le regard de l'autre, c'est-à-dire le regard de celui qui reconnaît nos vices, nos vertus, nos qualités diverses, que nous sommes à même de forger une personnalité. Je cède la parole à Protagoras : "Si quelqu'un prétend exceller sur la flûte ou en tout autre art, alors qu'il ne s'y entend pas, on le raille, on le rebute et ses proches viennent le chapitrer sur sa folie ; mais en ce qui concerne la justice et les autres vertus politiques, si on connaît quelqu'un pour un homme injuste, et si, témoignant contre lui-même, il avoue la vérité devant le public, cette confession de la vérité qui passait tout à l'heure pour sagesse passe ici pour folie..." (Protagoras 322d-XII).
Que dit-il ? Simplement que le mec qui est lui-même en jouant mal du pipeau est perçu comme un mauvais joueur de pipeau, que l'homme injuste qui affirme lui-même l'être (injuste) sera pris pour un sot et un jean-foutre, quand bien même son honnêteté reflèterait pourtant le contraire... Les deux zozos ont pourtant bel et bien été eux-mêmes, mais ont-ils pour autant progressé ? Celui qui jouait comme un pied en est toujours au même stade, le type qui a une réputation, même en changeant, a du mal à se faire accepter... Lisez ce que rétorque Socrate à Protagoras pour le bouquet final, ce qui nous suffira, pour l'instant, c'est simplement qu'être soi-même est : d'une, très difficile, de deux, ce n'est aucunement un gage de réussite de sa propre existence. Et toc ! Disait Bouvard, sophiste patenté auquel je vais ressembler pour quelques paragraphes encore...
Retenons donc : être soi-même est une vaste arnaque. Moi, je dois bien avoir sept ou huit moi-mêmes qui coexistent amoureusement : au boulot, dans ma famille, avec mes potes, avec mes mecs, avec mes ex, avec des inconnus, sur internet, avec ma boulangère, dans mon bistrot... Je ne confonds pas convenance, familiarité et "être soi-même", du tout ; simplement, il m'arrive de préférer le Jérôme du boulot qui dit oui ou merde à celui d'avec feu son mec qui se dit "ah oui, mais si je lui dis oui, gna gna gna, et si je lui dis merde en revanche, gna gna gni..." et du coup, on ne dit rien. Et ben "ne rien dire", c'est aussi être soi même. Et re-toc !
Après, et c'est là que le bât blesse, ne rien dire, même en étant soi-même, ça finit par être pénible. Retenons ce que Protagoras affirme : comme le joueur de flûte, je joue comme une bouse et je me fais plaisir, mais en face on me raille et on se détourne de moi. Dans la vie des mecs c'est : "je concède, je me tais, ça tient, c'est équilibré et puis un jour, zhoufff, il s'est barré le sale animal qui voulait que je sois moi-même, que je dise oui ou merde, et patati et patalère..." (quand je dis Je, c'est un concept, vous vous doutez bien que j'ai trouvé depuis bien longtemps le secret de la sagesse éternelle et de la félicité amoureuse suprême...)

Arrive le moment fatal où il faut quand même qu'on retrouve un petit peu d'équilibre : qu'est-ce que je veux vraiment ? qu'est-ce que j'attends exactement d'un mec ? Et là, les copines, les blogs, les conseils, tout ça, c'est bien gentil, mais rien ne vaut la bonne vieille psychothérapie de chez mémère... Heureux l'homme qui n'en n'a jamais eu besoin... Tous mes ex étaient dans ce cas (des modèles d'équilibre, de force de l'esprit et des personnalités puissantes et rationnelles), moi, j'en ai usé un par mec (deux pour le dernier, un pendant, une après. M'aura coûté cher, la vache...).
La psy, elle est cool, parce qu'elle prononce trois phrases en une heure, empoche soixante euros et ces putains de phrases ont le don de vous tournebouler l'esprit entre deux séances. La dernière en date était "Soyez clément avec vous-même". Vous riez. Vous avez raison, ça ne vaut guère mieux que les âneries brocardées quelques kilomètres plus haut (oui, mes billets sont trop longs, je fais ce que je veux, vous n'êtes pas obligés de tout lire non plus...). Mais la relation avec la dame, ce que Lacan nommait la "neutralité bienveillante", cet oxymore qui n'existe pas avec les amis, avec la famille, avec l'horoscope de Métro, cette petite chose-là m'a incroyablement aidé. Je vous la souffle à l'oreille, n'étant pourtant ni neutre, ni bienveillant... En tous les cas, pour ceux qui sont au plus bas, un petit sacrifice hebdomadaire vaut sans doute mieux que des soirées entières de déprime. C'était là que je voulais venir.
Bon vent !
"Il faut déclarer sans détour la vanité parfaite d'un ascétisme qui n'a d'autre idéal que le perfectionnement du "moi", de cet ascétisme que l'on pourrait appeler "égocentrique". Les résultats qu'il donne sont bien maigres, et bien décevants les fruits que l'on en tire : qui n'a semé que selon l'homme ne récoltera que de l'humain." Un Chartreux-Amour et Silence.

dimanche 3 mai 2009

Le téléphone

La rencontre, les oeillades, les petits regards derrière l'épaule pour voir si... Tout cela se conclut, dans le meilleur des cas, par un échange, en bonne et due forme, d'un numéro de téléphone. Celui-ci commencera plus fréquemment par 06, parfois 01, si c'est autre chose, laissez tomber, il est en vacances (désolé pour ce billet encore effroyablement parisien). Parfois, souvent de la part de touristes, ou alors du mec qui n'a guère envie de vous revoir mais qui n'ose pas le dire en face, vous recevrez une adresse mail, ou msn, mais sans vouloir trop m'avancer, vous concèderez vous-mêmes que c'est très mauvais signe.
Lorsqu'on porte un peu d'attention à celui qui semble en porter à votre égard, la gestion du téléphone peut s'avérer pénible. Notre pire ennemi étant la boîte vocale, qui, à la quatrième reprise, donne légitimement l'envie de faire valdinguer la petite chose moderne et pénible dans le premier parpaing venu. Il y a des signes qui sont évidents et je m'étonne souvent de constater que des gens déjà plus qu'expérimentés se laissent prendre dans le piège grossier.
S'il ne rappelle pas tout de suite, pas de panique ; il fait comme vous, il attend que vous rappeliez le premier. Ce petit jeu, vous en conviendrez, peut durer longtemps. Donnez-vous deux à trois jours, et pendant ce temps-là, voyez si vous êtes vraiment disponible (je ne parle pas de cul, dans ce cas-là, c'est immédiat et rapide). Je veux dire, un mec a votre tél, vous avez le sien, vous n'avez pas baisé encore, ou alors une fois seulement mais vous aimeriez vous revoir, il y a donc autre chose qui se trame, isn't it ? Dans ce cas, il faut préparer un peu...
Certes, vous n'êtes pas encore amoureux, mais quelques ouvertures nouvelles apparaissent dans votre quotidien, il faut en tous les cas qu'elles soient nettes et dénuées d'ambiguïtés. Pendant les deux jours où vous n'avez pas de nouvelles, sans vous faire de film, rangez votre appart un minimum (mais gardez votre petit bordel à vous, les appart trop rangés ont le don de stresser : la pire plaie, ceux qui trient leurs CD ou qui rangent leurs chaussons dans une boîte à chaussons), préparez une brosse à dents supplémentaire (au cas où), un rasoir neuf de plus, achetez les petites bricoles que vous aimeriez avoir depuis longtemps sans vous être donné le temps d'y consacrer du temps en allant faire un tour au BHV ou je ne sais où... Tout ce petit cérémoniel est simplement destiné à vous aider, à vous permettre de vérifier si vous êtes prêts ou non à commencer une histoire. Si c'est fastidieux, la brosse à dent, votre disponibilité, tout ça, je pense que ce n'est pas encore prêt... Il ne s'agit pas de le préparer, mais de vous préparer, c'est très différent. Mettre à profit une courte attente permet de pointer ses envies, exigences et désirs...
Au bout de deux jours, rappelez ! Pas de textos, c'est crétin et ça fait tourner autour du pot. Rappelez et vous verrez. La boîte vocale ? attendez une demi-heure, ou laissez tomber. Le mec qui veut vous rappeler parce qu'il y tient trouve du temps en 30 minutes, s'il rappelle seulement le lendemain ou deux jours après, c'est mauvais signe, après, je peux me tromper... Quoique.
Bon, si vous voulez partager vos expériences en la matière, ce blog est là pour ça !
Bon vent !
Qu'il est commode d'avoir affaire à vous autres gens à principe ! Quelquefois un brouillon d'Amoureux vous déconcerte par sa timidité, ou vous embarrasse par ses fougueux transports ; c'est une fièvre qui, comme l'autre, a ses frissons et son ardeur, et quelquefois varie dans ses symptômes. Mais votre marche réglée se devine si facilement : L'arrivée, le maintien, le ton, le discours, je savais tout dès la veille. Choderlos de Laclos-Les Liaisons Dangereuses
La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont. Lettre LXXXV

dimanche 26 avril 2009

Une voix s'endort

Ce blog a deux histoires. Une première période, à quatre mains, un projet commun, un besoin d'échanger, sans doute aussi un projet à porter à deux. Le temps a passé. Un autre moment a suivi, plus personnel, plus apaisé aussi, plus célibataire, c'est clair. Certains lecteurs ont dû s'en rendre compte. Ces pages n'ont habituellement pas la vocation, ou l'ambition, de commenter l'actualité. Il est cependant une voix qui me manquera, parce que, si dérisoire cet événement soit-il en apparence, cette voix a beaucoup inspiré et inspire votre serviteur.
Ce blog est pétri de multiples histoires, certains faits sont réels, d'autres totalement fictifs, mais les objectifs restent les mêmes : vous faire du bien. Je pense, sincèrement, que l'écoute, le partage, l'attention portée aux soucis de l'autre bénéficient certes à soi-même, mais aussi au Tout. C'est ce qu'on appelle la Fraternité, mon voeu le plus cher est que ce blog soit fraternel, rassurant et qu'il épanouisse la partie la plus belle de votre être. Ce que je fais pour les pédales, à mon modeste niveau, une autre en avait fait son cheval de bataille. Trois fois je lui ai parlé, et, si dérisoire soit cette incursion dans le monde du people, je ne puis passer sous silence que cette personne est toujours dans un recoin de mon esprit lorsque j'écris ici.
Bon vent Macha, et merci !

macha

mercredi 22 avril 2009

Petit exercice de style...

Sans nul doute de tes yeux les larmes ont débordé
Les années, dis-tu, ont tes espoirs achevés
Vrai, à trop les entendre, tu as très vite compris
Que discours amoureux et sottes théories
Avaient sur ta nature, ton style et ta mémoire
Pour le moins transformé ta vision de l'histoire
Certes, par les idées d'autrui le monde est conduit
Mais ne néglige pas que toi aussi es instruit
Tes amours jugées mortes palpitent en ton giron
Et c'est ce livre écrit qui te donne la leçon
Alors n'écoute plus ces pisse-froid lymphatiques
Ces Pythies ou ces molles Cassandre sarcastiques
Que ces vers aient sur toi un effet bénéfique
Sache que de ton passé naît une âme authentique
Certaines rimes enclenchent de tristes habitudes
La solitude n'est pas encore décrépitude
Va, sors, souris, quitte ces compagnes oiseuses
Tu verras mourir tes craintes orageuses...

Bon vent !
"C'est au public maintenant à voir si j'ai bien ou mal réussi ; et je n'emploierai point ici (...) mon adresse et ma rhétorique à le prévenir en ma faveur. Tout ce que je lui puis dire, c'est que j'ai travaillé cette pièce avec le même soin que toutes mes autres poésies..."
Boileau-Introduction à la satire sur l'équivoque.

- page 1 de 6